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L'ONU s'inquiète des «boîtes à bébé» où les Européens abandonnent anonymement leurs enfants

Temps de lecture : 2 min

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Une babybox / kirk via wikimedia commons

L'ONU s'inquiète de plus en plus de la progression du nombre de «baby boxes» (boîtes à bébé), où les parents peuvent anonymement abandonner leur enfant, estimant que cette pratique «va à l'encontre du droit de l'enfant à ce que son ou ses parents le connaissent et s'occupent de lui», rapporte le Guardian.

Le Comité des Droits de l'Enfant s'alarme du nombre de ces trappes, généralement situées à proximité d'hôpitaux, où l'on peut déposer des enfants et tirer une sonette pour prévenir son arrivée avant de quitter les lieux.

Cette pratique, connue en France sous le nom de «tour d'abandon» et qui n'existe plus dans l'hexagone depuis des années, avait disparu d'Europe le siècle dernier. Mais 200 boîtes à bébés ont été installées sur le continent européen dans les dix dernières années, affirme le comité, dans des pays aussi différents que l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse, la Pologne, la République Tchèque ou la Lettonie, et plus de 400 enfants ont été abandonnés.

Des groupes religieux et des politiciens de droite soutiennent le retour des boîtes à bébés, selon des arguments qui ressemblent à ceux des militants anti-avortement, affirmant qu'elles «protègent le droit d'un enfant à la vie» et sauvent «des centaines de nourrissons».

Mais les membres du comité de l'ONU ne sont pas d'accord, comme l'explique l'une d'entre elles, Maria Herczog, psychologue pour enfants hongroise:

«On se retrouve dans plusieurs pays comme au Moyen-Age, avec des gens affirmant que les boîtes à bébé empêchent l'infanticide... Il n'y a pas de preuve qui soutienne cette affirmation.»

L'article 7 de la Convention relative aux Droits de l'Enfant dit notamment que celui-ci a, dès sa naissance «dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux», et son article 9 que les Etats doivent respecter le droit de l'enfant d'«entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents».

Pour Herczog, les boîtes à bébé devraient être remplacées par de meilleurs plannings familiaux, des conseillers présents pour les femmes et un soutien financier pour les grossesses imprévues. Elle compare la situation actuelle en Europe à celle des Etats-Unis, et note que «maintenant, on a des membres du parlement européen qui veulent des boîtes à bébé et qui rejettent purement et simplement la convention».

Un chercheur de l'université de Nottingham, Kevin Browne, a étudié pendant deux ans le phénomène, et explique que 11 des 27 membres de l'Union européenne ont encore des boîtes à bébé, et les zones d'ombre de cette pratique:

«Il y a de plus en plus de preuves que ce sont fréquemment des hommes ou des proches qui abandonnent l'enfant, ce qui pose des questions sur la situation de la mère, et sur son consentement à cet abandon. Il faut aussi se demander si cet abandon anonyme permet aux autorités de vérifier s'il y a une chance pour l'enfant de rester au sein de sa famille, élevé par d'autres membres.»

En février dernier, l'Institut de la jeunesse allemande s'est rendue compte que le service d'abandon anonyme avait perdu la trace d'un cinquième de tous les bébés qui y avaient été abandonnés.

Mais les hommes politiques de l'ancien bloc communiste ne sont pas d'accord avec cette analyse. Un membre du parlement slovaque estime par exemple que si un article de la convention «qui garantit le droit des enfants à connaître leur propre identité veut dire qu'un seul bébé non voulu mourra, c'est un très mauvais article et une très mauvaise convention».

En France, où l'accouchement sous X a succédé aux tours d'abandon pour permettre aux femmes qui le souhaitent de pouvoir accoucher de façon définitivement anonyme, l'enfant né sous X devenant immédiatement «pupille de l'Etat», la situation est également très discutée. La députée de la droite populaire Brigitte Barrèges bataille depuis des années pour obtenir la fin de l'accouchement sous X, et l'obligation pour ces femmes que leur identité soit révélée aux 18 ans de l'enfant, comme l'expliquait Jean-Yves Nau sur Slate début 2012.

Cécile Dehesdin Rédactrice en chef adjointe

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