Monde

Allemagne: Big Brother s'immisce dans la vie économique

Annabelle Georgen, mis à jour le 09.06.2012 à 14 h 56

Facebook: the privacy saga continue / opensourceway via Flickr License CC by

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On se croirait dans 1984, le roman de George Orwell. Sauf que cette fois il n'est pas question d'un État qui veut tout savoir sur ses citoyens mais d'une entreprise allemande, s'inquiète le quotidien berlinois Tagesspiegel. En cause, un projet de recherche lancé par la Schufa, centrale de crédit, (abréviation de Schutzgemeinschaft für allgemeine Kreditversicherung) sur l'utilisation des données des réseaux sociaux pour évaluer la solvabilité des citoyens allemands. Sa divulgation dans la presse jeudi soir a créé un tel tollé en Allemagne que l'équipe de chercheurs de l'Hasso-Plattner-Institut qu'avait embauchée la Schufa vient de rompre son contrat.

Cette entreprise privée fondée il y a 85 ans est chargée de collecter des données financières sur les citoyens allemands, qui lui sont à la fois transmises par les banques, les assurances, les entreprises de commerce, les opérateurs téléphoniques, les fournisseurs d'électricité ou de gaz ou encore les agences de location d'appartements. En retour, les entreprises peuvent la consulter afin de s'assurer de la solvabilité de leurs clients potentiels. C'est le cas des banques notamment, ou encore des propriétaires-bailleurs, qui demandent presque systématiquement aux futurs locataires de fournir un relevé de leur «casier» à la Schufa pour s'assurer qu'il est vierge.

Non contente de disposer de ce type d'informations sur 66 millions de citoyens allemands, la Schufa explore désormais les potentialités offertes par le web pour récolter de nouvelles données, en particulier par les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter et Xing.

«Nous cherchons à savoir dans quelle mesure il est possible de filtrer via internet des données structurées telles que les noms, les lieux et les dates», expliquait le chercheur Felix Naumann, quelques heures avant d'annoncer le retrait de son équipe.

Ce projet a en effet soulevé une levée de boucliers dans la classe politique allemande, indique le Zeit. À commencer par la ministre de la Protection du consommateur Ilse Aigner (CSU), qui a exhorté la Schufa à s'expliquer et déclaré qu'elle «ne doit pas devenir le Big Brother de la vie économique». Ulrich Kelber, vice-président du groupe SPD au Bundestag, y voit un «scénario d'horreur» tandis que Renate Künast, à la tête du groupe Verts, dénonce un projet «ostensiblement contraire à la Constitution» et considère que le gouvernement devrait adopter une législation sur la protection des données qui permettrait enfin de «tracer une ligne rouge». Bernd Schlömer, le président du Parti pirate, dont la protection des données personnelles est l'un des chevaux de bataille, rappelle quant à lui que «c'est un but légitime de vouloir minimiser les pertes de crédits mais la collecte de données doit avoir de nettes frontières. Nous ne voulons pas de citoyens transparents et voulons empêcher l'abus de données!»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
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