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Trop de scanners augmentent le risque de cancer

Jean-Yves Nau, mis à jour le 07.06.2012 à 11 h 48

Adam Hampshire/University Of Cambridge

Adam Hampshire/University Of Cambridge

C’est une sérieuse incitation à la précaution radiologique qu’a, jeudi 7 juin, publié sur son site l’hebdomadaire médical britannique The Lancet. Une équipe médicale dirigée par des spécialistes britanniques, canadiens et américains y fournit une série de données chiffrées laissant penser que  l'exposition, avant l’âge de 15 ans, aux radiations émanant de plusieurs examens par scanner pourrait conduire à un triplement du risque de développer ultérieurement une lésion cancéreuse du cerveau ou du sang.

S’il demeure relativement faible en valeur absolue, ce risque nécessite selon eux de réduire au maximum le niveau des doses de radiations ionisantes délivrées par les scanners; et, autant qu’il est possible, de recourir à d'autres techniques d’imagerie médicale moins ionisantes.

Le travail publié sur le site du Lancet a été soutenu par des financements d’institutions publiques des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Il a été réalisé de manière rétrospective sur 178.604 personnes âgées de moins de 22 ans chez lesquels des examens par scanner avaient été pratiqué entre 1985 et 2002 dans environ 70% des établissements hospitaliers britanniques.

Les auteurs expliquent de quelle manière ils sont parvenus, pour la première fois, à établir établi un lien statistique entre le niveau des doses de radiations reçues pendant l'enfance et un risque accru de trois types différents de cancer du cerveau et de leucémie aigue.

Selon eux, l'exposition aux radiations ionisantes de deux à trois scanners du cerveau pendant l'enfance —soit une dose cumulée de 60 milligrays (mGy)— serait de nature à tripler le risque de cancer cérébral. Le risque de leucémie serait également triplé pour une dose cumulée de 50 mGy reçue au niveau de la moelle osseuse.

En d’autres termes, un scanner cérébral avant l'âge de 10 ans se traduirait statistiquement par environ un cas supplémentaire de leucémie et un cas supplémentaire de cancer du cerveau pour 10.000 personnes durant la décennie suivant la première exposition. D'autres études sont en cours, notamment en Australie et au Canada, sur les risques associés aux scanners pédiatriques; les résultats sont attendus d'ici à un à deux ans.

En toute hypothèse, l’urgence est à la prudence. «La réduction des doses doit être une priorité, pas seulement pour la communauté des radiologues, mais aussi pour les fabricants, souligne Mark Pearse (Université de Newcastle) l’un des cosignataires de cette étude. Le plus important, c'est que le scanner ne soit utilisé que lorsque c'est entièrement justifié d'un point de vue clinique.»

Il y a un mois, une étude de la Société Américaine du Cancer établissait déjà que la multiplication du recours aux rayons X par les chirurgiens-dentistes pourrait être associée à un risque accru d’apparition ultérieure de méningiomes, une forme (généralement bénigne) de cancer du cerveau. Les auteurs soulignaient également que prudence est de mise, tout particulièrement chez les moins de dix ans.

Outre-Atlantique l'American Dental Association avait alors aussitôt réagi à cette publication et rappelé qu’elle formulait, selon les âges, différentes recommandations concernant la fréquence maximale des radiographies.

Jean-Yves Nau
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