Monde

Rigueur: Merkel veut-elle plaire aux Allemands ou aux Européens?

Annabelle Georgen, mis à jour le 07.06.2012 à 15 h 05

Angela Merkel, le 7 mai 2012. REUTERS/Fabrizio Bensch

Angela Merkel, le 7 mai 2012. REUTERS/Fabrizio Bensch

Continuer à prôner la rigueur budgétaire seule contre tous ou mettre de l'eau dans son vin? A trois semaines du sommet de Bruxelles, qui aura lieu les 28 et 29 juin, Angela Merkel est dans une situation délicate. Car si sa politique d'austérité est de plus en plus critiquée par ses partenaires européens, elle continue à la rendre populaire auprès des Allemands, en raison de la bonne santé économique que continue d'afficher le pays dans la débâcle ambiante. Selon un sondage commandité par l'hebdomadaire Stern, 62% des Allemands souhaitent que la chancelière conserve sa ligne politique.

«Mais désormais, c'est clair: la crise de la dette menace aussi la République fédérale. La locomotive de la conjoncture européenne […] est en perte de vitesse. D'âpres récessions se profilent dans les autres pays d'Europe. Et c'est pourquoi se pose la question: est-ce que Merkel peut réaliser le souhait des citoyens et continuer à jouer l'intraitable chancelière de la rigueur?», s'interroge le Stern.

Face à la pression de ses voisins européens, la «chancelière de fer» va devoir adoucir sa ligne politique, estime le Spiegel. L'hebdomadaire considère sa politique d'austérité comme une «recette trop simple», faisant allusion à la «ménagère souabe» (version allemande de la «ménagère de moins de 50 ans», à ceci près que les Souabes ont la réputation en Allemagne d'être très radins, et par conséquent riches, NDLR), image un poil populiste qu'avait brandie Merkel en 2008 au sujet de la crise: «On aurait dû demander à la ménagère souabe. Elle nous aurait dit un adage: on ne peut pas vivre longtemps au-dessus de ses moyens

La chancelière allemande est donc face à un dilemme. «Si elle veut sauver son pacte fiscal, elle doit assouplir son dogme de la rigueur, sans donner l'impression de finir par flancher. Elle doit faire des concessions face à ses adversaires, sans prendre le risque qu'on lui reproche de seulement calquer ses réponses», résume le Spiegel.

Du côté de l'opposition, les critiques à l'égard de l'attitude de Merkel se sont également intensifiées ces dernières semaines. Dans une tribune publiée lundi dans le Süddeutsche Zeitung et quelques jours plus tôt dans le quotidien suisse Le Temps, Joschka Fischer, figure historique des Verts et ministre des Affaires étrangères sous Schröder, enjoint Merkel à changer son angle de tir. Et conclut avec un coup de «massue nazie», pour reprendre l'expression du Stern:

«Au cours du XXe siècle, l’Allemagne s'est détruite elle-même et a dévasté l'équilibre européen par deux fois en voulant dominer le continent, au moyen de la guerre, en allant jusqu'au crime et au génocide.[...] Ce serait à la fois tragique et ironique si maintenant, au début du XXIe siècle, l'Allemagne réunifiée, cette fois avec des moyens pacifiques et les meilleures intentions du monde, détruisait l'équilibre européen pour la troisième fois.»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
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