Culture

Une rare lettre de Napoléon en anglais mise aux enchères

Slate.fr, mis à jour le 06.06.2012 à 10 h 59

Napoléon à Sainte-Hélène, de Francois-Joseph Sandmann. Via Wikimedia, LicenseCC by

Napoléon à Sainte-Hélène, de Francois-Joseph Sandmann. Via Wikimedia, LicenseCC by

En exil à Sainte-Hélène, en 1816, Napoléon Bonaparte, qui n’écrivait pourtant déjà pas très bien le français, écrivit quelques lettres en anglais. L’une des missives, objet rare, est mise aux enchères à Fontainebleau, rapporte la BBC. Elle sera vendue ce week-end par la maison Osenat et pourrait atteindre les 80.000 euros.

«Il était déterminé à apprendre la langue de ses geôliers anglais, explique la BBC, mais la lettre montre qu’il n’avait pas tout à fait acquis la maîtrise qu’il aurait souhaité.»

Après la bataille de Waterloo, Napoléon vit en exil à Sainte-Hélène, où il a été fait prisonnier de guerre par les Anglais –et où il mourra quelques années plus tard, en mai 1821. S’il se consacre essentiellement à l’écriture de ses mémoires, et reçoit quelques visites, il prend aussi des cours d’anglais avec son aide Emmanuel, le Comte de las Cases –qui avait émigré à Londres sous la Révolution et connaît bien la langue.

La nuit, quand il n’arrive pas à dormir, Napoléon écrit parfois à son professeur en anglais. La lettre mise en vente est l’un des vestiges de ces insomnies. La description du lot, sur le site de la maison de ventes, Osenat, précise:

«Seules trois lettres autographes en anglais de Napoléon sont actuellement connues, toutes adressées à Las Cases, dont une conservée à la Bibliothèque nationale de France: l'historien Peter Hicks en a fait le relevé dans un article; il a également mentionné l'existence de fragments autographes d'exercices en anglais.»

Dans son Mémorial de Sainte-Hélène, le comte Las Cases évoquait précisément cette lettre datée du 8 mars 1816:

«L'empereur n'avait pas dormi de la nuit: dans son insomnie il s'était amusé à m'écrire une nouvelle lettre en anglais; il me l'a envoyée cachetée; j'en ai corrigé les fautes, et lui ai répondu, en anglais aussi, par le retour du courrier; il m'a fort bien compris; ce qui l'a convaincu de ses progrès, et lui a prouvé qu'il pourrait, à toute rigueur, correspondre dans sa nouvelle langue.»

Dans un autre passage, le comte précise:

«L'acquisition de l'anglais pour l'Empereur était une véritable et sérieuse conquête. [L'Empereur] était une vive intelligence et une fort mauvaise mémoire [...]. L'écolier, même dans sa propre langue, avait la manie d'estropier les noms propres, les mots étrangers, il les prononçait tout à fait à son gré, et une fois sortis de sa bouche, quoi qu'on fît, ils demeuraient toujours les mêmes, parce qu'il les avait, une fois pour toutes, logés de la sorte dans sa tête. [...]. De ce concours de circonstances, il naquit véritablement une nouvelle langue. Elle n'était entendue que de moi, il est vrai; mais elle procurait à l'Empereur la lecture de l'anglais, et il eût pu, à toute rigueur, se faire entendre, par écrit, dans cette langue; c'était déjà beaucoup, c'était tout.»

En 2011 déjà, la même maison Osenat, avait mis en vente des feuillets attestant de ces leçons d’anglais –et des difficultés de Napoléon. Sur ses cahiers de langue, entre des phrases comme «how many were they» ou «what was it», l’empereur faisait des croquis, des plans de forteresse, et plans de bataille. Ces notes avaient été cédées pour 93.125 euros au musée des Lettres et Manuscrits de Paris.

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte