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A Leipzig, le squat légal pour repeupler la ville

Slate.fr, mis à jour le 05.06.2012 à 11 h 04

Leipzig Innenstadt / az1172 via FlickrCC Licence by

Leipzig Innenstadt / az1172 via FlickrCC Licence by

A première vue, les Wächterhäuser («maisons de gardiens») ressemblent à s'y méprendre à des squats d'artistes. Point de squateurs pourtant, mais des «gardiens» invités par les propriétaires d'immeubles vides à investir les lieux, auxquels le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung consacre un reportage.

Par leur présence, ces artistes et autres créatifs à la recherche d'ateliers bon marché protègent les immeubles à l'abandon des vandales et des vrais squateurs. Mieux, ils les empêchent de se dégrader en rénovant ce qui a besoin de l'être.

En échange, les propriétaires mettent à leur disposition leur bien gratuitement, rénovent le toit lorsqu'il est endommagé et installent électricité et sanitaires à tous les étages. Seules les charges incombent à ces «locataires» d'un nouveau type, liés par un contrat d'utilisation de 3 à 5 ans.

Cette idée lumineuse revient à un collectif d'urbanistes et d'architectes de Leipzig, chagrinés de voir les beaux immeubles de style Gründerzeit, caractéristiques de cette ville d'ex-Allemagne de l'Est, tomber en ruine dans l'indifférence.

A la chute du Mur, Leipzig s'est vidée de ses habitants, partis en masse à la conquête de l'Ouest. Avant la Réunification, elle comptait plus de 530.000 habitants. Une décennie plus tard, il n'en restait que 437.000.

«Autrefois, il y avait des incendies chaque semaine, car des jeunes pénétraient dans les maisons vides et mettaient le feu aux poubelles», se souvient l'urbaniste Fritjof Mothes, un des fondateurs de l'association HausHalten (littéralement, «maintenir une maison», doublé d'un jeu de mots avec le verbe «économiser»), qui a vu le jour en 2004.

Un an plus tard, la première maison de gardien était créée. A cette époque, explique le Spiegel, 16% du parc locatif de Leipzig était vide, soit près de 750.000 m2 de bureaux et 50.000 appartements.

Les propriétaires, d'abord difficiles à convaincre, n'ont pas tardé à voir l'aspect gagnant-gagnant de cet échange. Et les artistes désargentés à la recherche de grandes surfaces ont répondu massivement à la proposition: la liste d'attente de HausHalten compte aujourd'hui 1.800 aspirants-gardiens. Quinze autres maisons de gardiens ont depuis vu le jour. Certaines ont été rachetées par leurs gardiens à la fin du contrat d'utilisation.

Le projet suscite aussi l'enthousiasme de la mairie de Leipzig, qui apporte un soutien financier et en a fait un de ses outils pour revitaliser les quartiers sinistrés. Car grâce à l'offre culturelle proposée par les maisons de gardiens, certains quartiers jusque-là délaissés deviennent des lieux de sortie, et attirent même de nouveaux habitants.

Cette expérience rappelle celle également mise en place aux Pays-Bas notamment par Camelot Property. Le Monde, qui explique que la formule arrive en France, rappelle:

«Créée en 1993 aux Pays-Bas, Camelot Property propose à des particuliers d'occuper temporairement des bâtiments publics ou privés, en attente de vente, de location ou de rénovation, en contrepartie d'une faible redevance mensuelle. Par leur simple présence, ses "locataires gardiens" contribuent à sécuriser les lieux. (…) Aux Pays-Bas, où cette activité est un secteur économique à part entière, plus de 50.000 personnes vivent ainsi dans des lieux qui vont du simple bureau à la caserne désaffectée, en passant par des châteaux, d'anciennes écoles ou encore une ancienne base aérienne.»

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