Culture

Palmarès de Cannes: Thierry Frémaux dénonce la «culture du soupçon»

Temps de lecture : 2 min

Nanni Moretti lors de la soirée de clôture, le 27 mai 2012. REUTERS/Yves Herman.
Nanni Moretti lors de la soirée de clôture, le 27 mai 2012. REUTERS/Yves Herman.

Dès l’annonce du Palmarès du Festival de Cannes, les critiques, largement en désaccord avec le jury présidé par Nanni Moretti, s’emportaient sur les mauvaises décisions prises. Mais plus encore, une rumeur se répandait qu’il y avait eu «magouille» ou du moins malhonnêteté. LeMonde.fr a notamment publié un article intitulé: «Les internautes soulignent un conflit d'intérêts pour Nanni Moretti».

Sur Twitter, Thierry Frémaux s’en est pris à cet article, écrivant (en plusieurs tweets, forcément 140 caractères ne suffisaient pas):

«Sans enquête et en se faisant l'écho "des réseaux sociaux", Le Monde affirme l'existence d'un supposé conflit d'intérêt Moretti/Palmarès. C'est oublier que Moretti n'a qu'une voix sur 9, c'est mal le connaître que le croire corrompu, comme le serait tout le jury. Aggravant son cas, Aureliano Tonet dénonce Tarantino accordant en 2004 la Palme à Michael Moore produit comme lui par Harvey Weinstein. En 2004, Michael Moore l'avait emporté 5 voix à 4 contre Park Chon-wok (Old Boy). Il y a prescription: TARANTINO N'AVAIT PAS VOTE MOORE».

Puis:


Révélant ainsi une information qui n’était pas connue (beaucoup pensaient que Tarantino avait voté Moore, sans doute pas pour des raisons de production, mais bien parce que son film, Fahrenheit 9/11, était un brulôt contre George W Bush), Frémaux s’insurge contre «les mensonges qui dérangent», en postant cette vignette du Christian Science Monitor, (la queue pour deux films, «Une vérité qui dérange» et «Un mensonge qui rassure» légendée «Moi je vais à gauche.»)

Les tweets ont depuis été effacés. Ils sont néanmoins encore visibles ici.

Dans l'article du Monde, on pouvait lire:

«Quatre des six films récompensés par le jury présidé par Nanni Moretti sont en effet coproduits et/ou distribués par une même société, Le Pacte. Il s'agit de Reality, de Matteo Garrone (Grand Prix), La Part des anges, de Ken Loach (prix du jury), Post Tenebras Lux, de Carlos Reygadas (prix de la mise en scène), et Au-delà des collines, de Cristian Mungiu (prix d'interprétation féminine et prix du scénario). Or, Le Pacte a coproduit le dernier film de Nanni Moretti, Habemus papam, qu'il a également distribué dans les salles françaises. Cette compagnie est dirigée par le Français Jean Labadie, ex-patron de Bac Films. Jusqu'à la fondation du Pacte en 2008, Bac Films était le distributeur historique des films de Nanni Moretti en France».

Mardi, notre critique cinéma Jean-Michel Frodon écrivait sur Slate:

«Le soupçon s’est répandu comme trainée de poudre: Nanni Moretti, président du jury du 65e festival de Cannes, aurait favorisé les films distribués par la société qui distribue également ses propres réalisations en France, Le Pacte. (…) Rien ne permet d’affirmer pour autant qu’il y a eu une magouille. Personnellement j’ai même l’intime conviction du contraire. S’il faut pourtant prêter attention à ce phénomène, c’est qu’il traduit en l’exagérant un phénomène bien réel, celui de la concentration entre les mains d’un petit nombre de sociétés. (…) On peut s’épargner ici les théories du complot et les accusations sans preuve de connivences illicites, pour prendre acte du phénomène dans son caractère objectif.»

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