Economie

L'euro va quitter la Grèce avant que la Grèce quitte l'euro

Slate.fr, mis à jour le 16.05.2012 à 17 h 46

Meeting du chef de la Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, le 2 mai 2012, à Athènes. REUTERS/Grigoris Siamidis

Meeting du chef de la Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, le 2 mai 2012, à Athènes. REUTERS/Grigoris Siamidis

La panique bancaire («bank run») est-elle en train de gagner la Grèce? Les déposants ont retiré lors de la seule journée de lundi 14 mai 700 millions d'euros aux guichets des banques illustrant leur peur devant le risque de chaos politique. Il faut ajouter à cette somme des ordres d'achat d'obligations allemandes pour 100 millions d'euros reçus le même jour par les banques grecques.

Avec cette fuite des dépôts dans les bas de laine et à l'étranger, les banques grecques deviennent encore plus dépendantes du financement de la Banque centrale européenne (BCE) explique le Wall Street Journal qui ajoute que la BCE s'expose d'ailleurs à de lourdes pertes si la Grèce quitte la zone euro.

Le président grec Karolos Papoulias et le gouverneur de la banque centrale grecque George Provopoulos sont ouvertement préoccupés par la faiblesse des banques du pays. Elles ont vu leurs dépôts fondre depuis le début de la crise en 2009, mais le mouvement s'accélère.

Les retraits se montent en moyenne entre 2 et 3 milliards d'euros par mois et sont passés depuis le début de l'année à 5 milliards par mois. Les banques grecques ont obtenu des financements d'urgence directs et indirects de la BCE pour 127 milliards de dollars depuis le début de l'année, ce qui représente près de la moitié du PIB du pays.

Si le gouvernement grec issu des nouvelles élections législatives prévues le 17 juin rejette le plan d'austérité imposé par l'Europe, les banques grecques n'auront sans doute plus accès au refinancement de la BCE et seront alors en faillite en quelques semaines. Le site d'analyse financière Zerohedge estime que la Grèce ne pourra pas alors éviter un effondrement de son système financier et une dépression.

Tant que les retraits sont réguliers et se font dans des proportions contenues, les banques sont en général capables de remplacer les capitaux et de se financer, sur les marchés de capitaux (ce n'est plus le cas depuis un moment pour les banques grecques) ou auprès des banques centrales. Mais si le mouvement s'accélère et se transforme en panique bancaire comme il y en a eu notamment en 1907 aux Etats-Unis, il devient irrésistible.

La panique est autoréalisatrice en ce sens qu'elle précipite l'effondrement du système financier obligeant le gouvernement à intervenir, à interdire de retirer des sommes d'argent importantes des banques et à imposer un contrôle des exportations de capitaux pour éviter qu'ils s'enfuient à l'étranger.

Selon le Financial Times, et en cas de sortie de la Grèce de la zone euro qui marquerait un précédent, la panique bancaire pourrait se propager et les banques espagnoles et italiennes subir à leur tour d'importants retraits de clients inquiets. Huuv van Steenis, analyste spécialiste des banques de Morgan Stanley, explique «qu'il existe un risque que le marché sous-estime l'effet disruptif pour le système financier d'une sortie de la Grèce».

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