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Crise grecque: les banques se préparent au retour chaotique de la drachme

Manifestation à Athènes contre l'austérité Yiorgos Karahalis / Reuters

Manifestation à Athènes contre l'austérité Yiorgos Karahalis / Reuters

Même si le scénario semble toujours assez improbable, les banques internationales ont commencé à établir des scénarios et des plans pour faire face à un retour de la drachme et donc à un abandon de l'euro par la Grèce explique le site économique Marginal Revolution.

«Certaines banques n'ont même jamais supprimmé la drachme de leurs systèmes quand la Grèce a adopté l'euro il y a plus d'une dizaine d'années et sont prêtes avec une simple commande informatique si les problèmes de dette forcent le pays à réutiliser ses anciens billets et ses anciennes pièces», écrit Marginal Revolution. «De la disparition de l'URSS –qui a engendré la naissance de devises comme la couronne estonienne et le tenge kazakh– à l'introduction de l'euro, les banques ont de l'expérience pour préparer leurs systèmes à faire face à ces changements. Des préparatifs discrets existent depuis 2009 que la crise de la Grèce a éclaté», explique Hartmut Grossman de ICS Risk Advisors qui travaille avec les banques de Wall Street.

Mais la transition s'annonce extrêmement difficile et périlleuse pour la Grèce qui pourrait sombrer dans le chaos et voir à la fois une hyperinflation, de certains produits importés, et une hyperdéflation, de biens devenus invendables, immobiliers par exemple. La Grèce devrait de toute façon dans un tel scénario imposer un strict contrôle des changes et un contrôle des importations et des sorties de capitaux, ce qui s'annonce presque impossible pour un Etat déjà inefficace et incapable depuis des années d'empêcher la corruption massive ou même de collecter les impôts…

Pour autant, certains experts financiers n'ont pas le moindre doute sur l'issue de la crise grecque. Interrogé par Market Watch, le président de Street One Financial, Scott Freeze, affirme que «la Grèce va sortir de la zone euro. C'est une issue courue d'avance. Et cela prendra au moins 8 ans pour revenir à une économie stable avec un taux de chômage normal…».

«Si la Grèce quitte abandonne l'euro et revient à la drachme ou la nouvelle drachme, il y aura très certainement des dévaluations répétées d'au moins 50%», explique Al-Jazeera. Mais ces dévaluations ne vont pas régler les problèmes comme un coup de baguette magique. D'abord, parce que les contrôles de change et le chaos social et politique vont faire fuir les touristes, la principale source de croissance de l'économie grecque. De la même façon, les investisseurs étrangers ne profiteront pas, faute de confiance, des affaires à faire en rachetant à bon prix des entreprises et des biens en Grèce. La plupart des experts comparent la Grèce à l'Argentine.

Le problème c'est que l'Argentine avait et a une meilleurs spécialisation économique, notamment ses ressources agricoles et en plus une devise propre qui fonctionne, le peso. La Grèce n'a pas de monnaie propre et cela demande quelques mois pour en créer une et la faire circuler et pendant ce temps là… il faut fermer les banques, contraindre à changer l'euro contre la nouvelle monnaie à un taux défavorable tout en sachant que la nouvelle monnaie va sans cesse ensuite dévaluer et perdre de sa valeur…

Finalement, le paradoxe, c'est que le média qui a la vision la moins pessimiste est le plus financier, le Wall Street Journal, en s'interrogeant comme cela: est-ce que les choses peuvent vraiment être pires pour les Grecs?

«Les taux d'intérêts grecs à 10 ans sont à plus de 24% et la dette du pays représente plus de 160% de son Produit intérieur brut. La récession va atteindre près de 5% et le chômage devrait être en moyenne de 20% en 2012 selon la Commission européenne. Selon les termes de son dernier plan de sauvetage, le pays doit encore faire 11,5 milliards d'euros de coupes dans les dépenses publiques cette année ce qui va encore faire augmenter le chômage et l'ampleur de la récession. Tout scénario de sortie est meilleur…»

Le quotidien économique américain estime qu'une devise dévaluée comme la drachme permettra tout de même de relancer un peu la croissance et de casser la logique d'austérité perpétuelle. Et dans un scénario qui serait le pire, la Grèce ne serait pas si différente de l'Argentine ou de la Russie quand les deux pays se sont retrouvés en cessation de paiement.

«Si la drachme perd 75% de sa valeur en six mois, elle se retrouvera vis-à-vis du dollar à un niveau de l'ordre de 1051 contre 263 aujourd'hui, soit le niveau qui était le sien avant son entrée dans l'euro en 2000...»

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