Life

Ivre, il est témoin d'un crime. Est-il fiable?

Mathilde Sagaire, mis à jour le 09.04.2013 à 14 h 44

Drunk on Westminster Bridge Leonard Bentley via Flickr CC License by

Drunk on Westminster Bridge Leonard Bentley via Flickr CC License by

Généralement, les témoins de scènes de crimes ivres sont jugés moins fiables que les sobres. Une nouvelle étude suédoise publiée en janvier par The European Journal of Psychology Applied to Legal Context et relayée par Pacific Standard montre que cela pourrait ne être pas si évident

Des psychologues de l'université de Gothenburg ont conduit une expérience visant à tester l'hypothèse selon laquelle les témoins ivres sont moins propices à identifier correctement un coupable, selon la théorie dite de «myopie alcoolique». Les chercheurs expliquent:

«[Cette théorie] suggère que les individus en état d'ébriété sont atteints de troubles cognitifs tels qu’ils ne peuvent pas prêter attention à autant de stimuli que les sobres, et/ou comprendre pleinement les stimuli. Cela conduit à ce qu’une plus petite quantité d’informations est encodée comparé aux personnes sobres. Pour cette raison, on pense que les personnes ivres auront tendance à encoder principalement les détails centraux, aux dépends des détails périphériques.»

Or, une autre étude a montré qu'un nombre non négligeable de témoins oculaires ivres sont présents sur des scènes de crime. 70% des policiers américains interrogés ont ainsi déclaré qu’il était fréquent ou très fréquent d’être en contact avec des témoins oculaires ivres. Il serait donc intéressant de savoir s'ils sont si peu fiables que ça.

Pour cela, les chercheurs ont conduit une expérience durant laquelle ils ont demandé à 123 personnes de regarder un film montrant l’enlèvement d’une femme par deux hommes. Un tiers avait consommé un mélange de vodka-jus d’orange très chargé en alcool, un autre tiers une version plus légère, tandis que les autres buvaient juste du jus d'orange. Une semaine plus tard, tous devaient identifier le coupable principal (celui portant une arme) parmi un groupe de personnes lors d'une séance d'identification visuelle.

Tout d'abord, les chercheurs en étudiant les résultats ont constaté que «le taux d’identification du coupable était faible». Mais, encore plus étonnant, ceux qui avaient bu ont été plus performants que ceux qui étaient sobres. Ainsi, 40% de ceux qui avaient bu la plus forte dose d’alcool ont été capable d’identifier le coupable. Alors que dans le groupe des sobres, seulement 25% d’entre eux ont réussi.

Dans une deuxième session d’identification, où le responsable de l’enlèvement n’était pas présent, 45% des personnes du groupe alcoolisé ont rejeté tous les suspects. Cette fois encore, ils ont fait mieux que les sobres, qui s’en sont sortis avec un score de 24%. Dans cette même session, le taux d’identification de la mauvaise personne responsable était le même entre les deux groupes. Il était seulement plus bas pour ceux qui avaient consommé seulement un peu d’alcool.

Ces résultats remettent donc quelque peu en cause la théorie de myopie alcoolique, et recrédibiliserait la parole des témoins ivres. Cependant, les chercheurs restent prudents en disant que ce petit échantillon d’étudiants en bonne santé et n’ayant pas de problèmes d’alcool peuvent ne pas être représentatifs du témoin «moyen». Mais cette étude a tout de même le mérite de montrer que les sessions d’identification visuelle de coupables ont de grosses limites, alcool ou pas.


NDLE: Le titre de cet article est un hommage au délicieux tumblr Ivre, qui compile les titres de faits divers commençant par «Ivre,»

Mathilde Sagaire
Mathilde Sagaire (85 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte