France

Trouver que ça sonne juste ou faux, ça s'apprend

Mathilde Sagaire, mis à jour le 01.02.2013 à 17 h 40

Peut-on être bleu et écouter de la musique ? [nicolu] via Flickr CC License by

Peut-on être bleu et écouter de la musique ? [nicolu] via Flickr CC License by

Comprendre pourquoi une musique peut paraître agréable ou clairement insupportable à l'être humain est un débat millénaire. Depuis Pythagore, pour qui la musique répond à des règles mathématiques, la majorité des théories se sont accordées pour dire que l'homme a une préférence innée pour les accords consonants, qui s'accordent ensemble selon un lien de fréquence.

Cependant, un article publié sur le site de la BBC rapporte une nouvelle étude tendant à remettre en cause ce caractère inné et presque inexorable de la perception d'un son comme juste ou faux. Une équipe de psychologues de Melbourne, en Australie, ont en effet développé une nouvelle théorie sur la perception et la reconnaissance du son qui redonne sa place à l'acquis.

L’une des questions-clé est de savoir si nos perceptions changent avec l’évolution de notre expérience musicale. Leur recherche s'est fondée sur une expérience réalisée avec 66 volontaires, ayant ou non une formation musicale. Ils ont mis au point une série de tests visant à comprendre leur apprentissage et leur jugement de la dissonance.

«Leurs recherches soutiennent [...] que chaque culture développe plutôt ses propres règles arbitraires pour quels sons sonnent “juste” ou “faux”. L’équipe montre que nos perceptions du juste et du faux peuvent être changées, tout au moins pour les goût musicaux occidentaux, avec juste un petit entraînement.»

 Tout d'abord la dissonance, selon le professeur McLachlan, répond à un processus cognitif particulier. Le journaliste résume:

«Nous écoutons des accords selon un processus complexe et en deux temps. Premièrement, nous sélectionnons le son le plus saillant. Ensuite, une mémoire de long terme sur la “qualité” de cet accord […] fait le reste. Mais si nous entendons un accord dissonant non-familier, nous n’avons pas le bon modèle mental dans notre mémoire pour l’associer –le cerveau fait la recherche tout de même basée sur le son le plus saillant, mais il aura sûrement tort. Le conflit entre ce qu’on entend et ce que l’on “espère” entendre produit un discordant sentiment de gêne.»

Avec l’entraînement musical, la sensation de dissonance devrait donc diminuer car la personne dispose de plus de «modèles d’accords». Cependant, les chercheurs ont trouvé qu’un petit entraînement musical peut avoir un certain effet. Les non-musiciens de l'expérience perdent toute perception du juste ou du faux dans un terrain harmonique inconnu, tandis que les musiciens plus entraînés développent une perception plus rigide de sons, qui s’assouplit cependant avec le temps. Tout n'est donc pas inné.

«De même que ces découvertes appuient le modèle d’apprentissage à la dissonance de MacLachlan, elles impliquent que peut-être nous pouvons apprendre à aimer ce qui nous secouait au début. Et avec un série finale d’expériences, l’équipe de Melbourne a montré que c’était bien le cas.»

Cette nouvelle théorie est l'occasion peut-être de (re)découvrir le père de la musique dissonnante, le compositeur autrichien Arnold Schoeneberg.

 

Mathilde Sagaire
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