Monde

Des fatwas en Iran contre un opérateur de téléphonie 3G

Mathilde Sagaire, mis à jour le 25.02.2013 à 13 h 36

Young Woman with Cellphone - Outside Sheikh Lotfollah Mosque - Isfahan - Iran / Adam Jones, Ph.D. Global Photo Archive via Flickr CC License by

Young Woman with Cellphone - Outside Sheikh Lotfollah Mosque - Isfahan - Iran / Adam Jones, Ph.D. Global Photo Archive via Flickr CC License by

Rightel, le troisième opérateur iranien de téléphonie mobile, est victime d'une fatwa lancée par quatre ayatollahs pour avoir introduit l'Internet 3G dans le pays, rapporte le site Al-Monitor.

Le nouveau service, qui permet l'accès à Internet depuis les téléphones mobiles, la messagerie instantanée ainsi que les appels vidéo, a rapidement fait des émules chez les jeunes Iraniens, qui ont acheté en masse des cartes SIM, selon le journal. «C'est génial. J'étudie à Téhéran et c'est un formidable moyen de rester en contact avec ma mère», témoigne un étudiant.

Mais la nouvelle technologie n’est pas du goût des instances religieuses, et quatre ayatollahs, Nasser Makarem-Shirazi, Hossein Nouri Hamedani, Jafar Sohbhani et Seyyed Sajjad Alavi Gorgani, ont chacun lancé une fatwa contre l'opérateur. Ces représentants de la ligne dure de l’islam chiite dans le pays ont également créé un site Internet, «le mirage Rightel».

Pour le grand ayatollah Makarem-Shirazi, «la décadence et la corruption associés à l’usage [de Rightel] sont plus importants que ses avantages». Ou encore, selon l’ayatollah Alavi Gorghani, le service d’appels vidéo pourrait «mettre en péril la chasteté publique» et «infliger de nombreux dommages» au système politique et religieux de l’Iran.

Un dessin politique publié sur le site Internet sur lequel les fatwas ont été diffusées, rapporte The Verge, suggère ainsi que l’Internet mobile encouragera le visionnage de pornographie.

Une pétition contre Rightel a également été signée par les habitants de la ville religieuse de Qom le 10 février dernier, lors du 34e anniversaire de la fondation de la République islamique, arguant que le service allait «faciliter l'accès au péché et à la décadence». Dix-sept députés ont également écrit au président Mahmoud Ahmadinejad et au ministère du Renseignement pour en réclamer l'interdiction.

Les appels vidéo peuvent clairement servir au journalisme citoyen en Iran, relève Al-Monitor. Les jeunes Iraniens suspectent donc que ce mouvement contre la 3G, et en particulier le service d'appels vidéo, serve à limiter les communications lors de l'élection présidentielle prévue cet été.

Ce n'est pas la première fois que les officiels du régime cherchent à limiter l'usage d'Internet chez les citoyens. En mai dernier, l'ayatollah Ali Khamenei avait déjà lancé une fatwa contre les outils permettant de désactiver les filtres de censure mis en place par le gouvernement contre certains sites Internet.

Plus récemment, en septembre 2012, le gouvernement avait annoncé vouloir mettre en service un Internet national pour mars 2013, qui isolerait largement les citoyens iraniens du web global.

Mathilde Sagaire
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