Life

A Cuba, la crise économique a-t-elle été un remède contre les maladies cardiovasculaires?

Mathilde Sagaire, mis à jour le 10.04.2013 à 18 h 58

Le stand d'un marché privé à Matanzas, Cuba, Henryk Kotowski via Wikimedia Commons License by-sa

Le stand d'un marché privé à Matanzas, Cuba, Henryk Kotowski via Wikimedia Commons License by-sa

La crise économique constitue-t-elle un bon contexte pour réduire les décès liés au diabète et aux maladies cardiovasculaires? C’est l’une des interprétations possibles d'une étude publiée récemment dans le British Medical Journal et commentée par El País, qui fait le lien entre les variations de poids, le diabète et les maladies cardiovasculaires à l’échelle d’une population entière, celle de Cuba, et cela sur trente ans.

Cuba a connu une profonde crise économique au début des années 1990, déclenchée par la chute de l’URSS. Sous le coup de l’embargo américain, les Cubains étaient très dépendants des Soviétiques, qui leur fournissaient de la nourriture et du pétrole.

Avec la fin des livraisons commença la «Période Spéciale», marquée par une forte pénurie de biens de consommation. Le site El Economista rappelle que les salles de bain à la Havane servaient à élever des porcs et que les campagnes manquaient d’essence pour faire marcher les machines qui maintenaient la production agraire.

Cette pénurie de ressources provoqua, entre 1991 et 1995, une perte de poids généralisée de la population de 5,5 kg en moyenne, ainsi qu’une baisse de l’obésité de 12% à 7%. En parallèle, l’activité physique a augmenté car les habitants devaient se déplacer selon leurs propres moyens. El País écrit:

«Le pourcentage des personnes qui se déclaraient actives est passé de 30% à 80%, ce qui a beaucoup à voir avec le fait que les moyens de transports publics et privés avaient quasiment disparu à cause du manque de pétrole. Au même moment, l’ingestion calorique par habitant s’est considérablement réduite, de 3.000 calories journalières à 2.200, ce qui s’est traduit par une perte de poids généralisée.»

Les chercheurs ont alors constaté que les changements dans la population liés à cette crise économique ont provoqué un déclin des diabètes et des maladies cardiovasculaires de respectivement 50% et 34% entre 1996 et 2002.

Mais une fois la crise derrière eux, les Cubains ont recommencé à prendre du poids, 9 kg précisément entre 1995 et 2010, soit plus qu’avant la Période Spéciale. Et les répercussions sur la santé sont également visibles, avec un retour au niveau antérieur de la mortalité du diabète. Dans le cas des maladies cardiovasculaires, si le taux reste stable après 2002, les chercheurs n’excluent pas que ceci pourrait changer dans les années à venir.

Le lien entre le poids, l’activité physique et les maladies cardiovasculaires ou le diabète étant réaffirmé avec cette étude, les chercheurs concluent qu’une perte de 5 kg dans toute la population pourrait diminuer d’un tiers la mortalité due à ces maladies. Les maladies cardiaques sont pour rappel la première cause de mortalité dans le monde.  

Cependant, il serait faux de croire que la crise économique serait «bonne pour la santé». Manuel Franco, qui a contribué à l’étude, explique au journal ABC que la situation de crise que Cuba a connu est difficilement transposable aux pays développés en crise. La crise économique actuelle n’affecte pas en effet de la même manière la population, et dans le cas de Cuba, elle concernait l’alimentation et le transport.

Sur les effets de la crise économique et de la cure d’austérité que connaît actuellement l’Europe, une étude publiée récemment par The Lancet et reprise par Bastamag fait d'ailleurs état d'une dégradation sans équivoque de la santé des européens.

Mathilde Sagaire
Mathilde Sagaire (85 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte