France

Quand une femme de gauche écrivait les discours de Sarkozy

Mathilde Sagaire, mis à jour le 27.03.2013 à 15 h 06

Nicolas Sarkozy, 2010 Richard Pichet via Wikimedia Commons License by-sa

Nicolas Sarkozy, 2010 Richard Pichet via Wikimedia Commons License by-sa

Ecrire les discours du président Nicolas Sarkozy en étant une femme à sensibilité de gauche, c'est ce qu'a fait Marie de Gandt en devenant plume de l'Elysée entre 2009 et 2012. Elle en a écrit un livre, Sous la plume. Petite exploration du pouvoir politique, sorti le 14 février dernier. Sa position singulière a intrigué jusqu'aux Etats-Unis, où The Atlantic lui a consacré une interview

Agrégée de de lettres classiques, élevée à Ivry par des parents engagés, l'un professeur de philosophie et l'autre psychanalyste, rien ne la prédestinait à écrire des discours pour un gouvernement de droite. Elle s'y mettra grâce à un ancien camarade de l'Ecole normale supérieure, un certain Laurent Wauquiez. Car comme l'écrit le quotidien Sud-Ouest: 

«Entre Henri Guaino, "the" plume, et le chef de cabinet, il manque un talent pour les allocutions de décorations, les discours diplomatiques, militaires, économiques (G20-G8), etc. Une plume d'ouverture, brillante

Le livre est l'observation de cette plume étrangère à la politique, des rouages du pouvoir et des cabinets ministériels. De la concurrence entre des hommes aux ambitions et aux idées politiques différentes. Elle déclare à The Atlantic:

«Ce qui était fou, c'est que personne ne savait exactement quelle était la Vision Globale à un moment donné. [ …] C’était incroyablement difficile de savoir d’où la décision venait: du Président lui-même? De son conseiller spécial Henri Guaino, ou de son secrétaire général Claude Guéant? [...] Le pouvoir était partout et nulle part.»

Le récit de la «Plume» apporte un éclairage nouveau sur le mandat de Nicolas Sarkozy, le «PR», pour «président de la République», que Marie de Gandt ne verra presque jamais durant les deux ans où elle travailla  pour lui. Comment elle a dû s'adapter à lui qui n'était pas un orateur particulièrement doué, connu surtout pour ses improvisations maladroites. Elle avait par exemple pris l'habitude d'écrire phonétiquement les noms pour éviter des prononciations malheureuses, après que le Président avait prononcé «Barthez» pour Roland Barthes devant un parterre d'intellectuels.

Ce livre est aussi une tentative pour l'auteure de résoudre ses contradictions et voir si une universitaire de gauche pouvait travailler pour la droite «sans perdre son âme», écrit The Atlantic. Elle raconte comment ses collègues professeurs se sont détournés d'elle lorsqu'elle a accepté le poste, et sa «honte» de ne pas avoir vu l'expression «Français d'origine étrangère» dans le discours de Grenoble. Elle n'a pourtant jamais démissionné ni douté de la sincérité de son employeur, préférant imputer le virage à droite à la cacophonie créée par ses conseillers. Elle confie:

«Je me suis peut-être menti à moi-même, je voulais y croire parce que je connaissais l’équipe et tous étaient des gens convenables, de bonnes personnes. Mais ce n’est pas l’équipe qui détermine la ligne d’action de la Présidence […]. Il y avait une bataille à l’intérieur du gouvernement entre deux visions de la France: une France traditionnelle renfermée sur elle-même et une autre aspirant à être moderne et ouverte sur le monde. Tu dois rester et sauver cette ligne.»

Mathilde Sagaire
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