Culture

Les lolcats peuvent nous rendre plus intelligents

Slate.fr, mis à jour le 09.05.2012 à 15 h 04

Non, toutes ces images de chats adorables au langage hasardeux ne sont pas juste là pour annihiler votre productivité et faire rire vos proches. Selon The Atlantic, les lolcats ont une vertu: ils permettent aux internautes de rentrer en contact, de socialiser et participent l'air de rien au fonctionnement d'une intelligence collective.

C’est en tout cas la thèse développée par Kate Miltner, étudiante à la London School of Economics (LSE), dans un mémoire intitulé ««Srsly phenomenal: an investigation into the appeal of lolcats» [PDF] présenté dans le cadre de la troisième édition du ROFLCon, une conférence entièrement dédiée à la culture internet et aux mèmes. En quelques années (on date leur émergence sur 4chan de 2005, même si on a retrouvé des photos humoristiques de chats prises au 19e), les lolcats sont devenus un phénomène planétaire. Comme l’explique Kate Milner:

«Les lolcats ont engendré deux best-sellers, une traduction de la Bible, une exposition et une comédie musicale en marge de Broadway. Ils ont inspiré le développement d’une communauté internationale massive; en juillet 2011, des milliers de fans de Cheezburger [le nœud central des lolcats sur le web] ont convergé à Safeco Field, à Seattle, pour le Cheezburger Field Day […]. Avec les lolcats, partager et créer étaient souvent des moyens différents pour la même fin: tisser des liens signifiants les uns avec les autres.»

Dans une vidéo réalisée à partir d’interviews de participants au ROFLCon, The Atlantic revient d’ailleurs sur l’origine de différents mèmes, comme le «double rainbow» ou le «nyan cat», à chaque fois le fruit d’une co-production spontanée entre internautes.

Comme le révélait Pitchfork en avril, le groupe américain Fleet Foxes cherche actuellement à recueillir 15.000 dollars sur le site de financement de projet Kickstarter. Le but: réaliser un film expérimental en forme d'hommage à ces figures de l'internet viral que sont les lolcats. L'exemple parfait de la dimension collective que revêtent ces images d'apparence anodine.

Cependant, selon The Atlantic, l’interprétation de Kate Miltner dépasse largement le simple cadre des lolcats:

«Tout comme les films d’invasion extraterrestre du milieu du 20e ou les soap operas de ces dernières décennies, le phénomène culturel des mèmes Internet reflète les anxiétés ou les désirs de la société, et en étudiant ces mèmes on peut mieux comprendre ce qui se passe dans la psyché collective de notre culture.»

Car ce que nous trouvons drôle varie d’une époque à l’autre. Les lolcats et les mèmes en général nous renseignent sur ce dont on peut rire ou non, interrogeant sans cesse les limites de la convenance. On peut par exemple se poser des questions sur les raisons qui ont fait d’Antoine Dodson une star du web alors que l’homme ne faisait à l’origine qu’exprimer sa colère, face caméra, sa sœur venant d'être victime d’une tentative de viol.

Parce qu’ils sont une forme nouvelle et diffuse de subversion, les mèmes nous permettraient de questionner nos propres stéréotypes et d’explorer la question de l’identité. Le tout à plusieurs et avec humour, d’une manière qu’aucun autre média avant Internet n’aurait pu permettre.

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