On a découvert la molécule de la morale

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Pourquoi certains d'entre nous font attention aux autres et d'autres sont insensibles et cruels? Pourquoi certains d'entre nous sont généreux et d'autres avides? Est-ce qu'une simple molécule, une seule substance chimique, peut expliquer notre comportement moral et social?

C'est la thèse longuement présentée par le Wall Street Journal d'un livre à sensation qui sort aux Etats-Unis au mois de mai intitulé The Moral Molecule (La Molécule morale). Il est écrit par le professeur d'université Paul J. Zak, qui est à la fois économiste et neurologue. Il a fondé le Centre d'études neuroéconomiques.

Selon The Moral Molecule, un messager chimique appelé l'ocytocine joue un rôle important dans le fait que certaines personnes se préoccupent des autres et d'autres sont indifférentes, que certaines personnes trichent et volent et d'autres ne quittent jamais le droit chemin, que certaines personnes sont fidèles ou pas et que les femmes sont en général plus généreuses que les hommes.

Plusieurs études menées depuis 2001 montrent selon Paul J. Zak que quand le niveau d'ocytocine –connue auparavant surtout comme une hormone liée à l'accouchement chez les femmes– augmente, les hommes et les femmes répondent plus généreusement même à des personnes totalement étrangères.

Les études réalisées font apparaître une corrélation entre la volonté de prêter de l'argent à des personnes étrangères et le niveau d'ocytocine dans le sang. Cela signifie qu'en augmentant la présence de cette hormone, on peut changer radicalement le comportement social des individus et créer une société harmonieuse où chacun ferait attention aux autres…

Tout aussi fondamental, il n'est pas nécessaire de fournir cette hormone artificiellement ou d'avoir une relation sexuelle pour qu'elle augmente. Il suffit pour provoquer une secrétion de ocytocine de montrer à quelqu'un qu'on lui fait confiance. «Le sentiment d'être quelqu'un a qui on fait confiance rend plus… digne de confiance.»

Bien entendu, la réalité du comportement humain est extrêmement complexe et aucune hormone ne peut expliquer à elle seule le fonctionnement psychologique d'une personne qui est la conséquence d'un grand nombre de facteurs dont de nombreuses interactions hormonales.

Mais l'ocytocine commande clairement notre attitude envers les autres et notre degré de compréhension et d'empathie qualifié par toutes les sociétés et civilisations comme «moral».

Le corps humain est en quelque sorte programmé pour nous inciter à adopter ce comportement social.  Il est aussi programmé pour nous permettre de faire des choix et d'accorder ou non notre confiance en fonction de comportements et d'attitudes que nous décryptons souvent inconsciemment.

En tout cas, après des siècles de spéculations sur la nature humaine et comment nous choisissons entre le bien et le mal, nous commencons à connaître les mécanismes chimiques qui guident nos comportements. Nous pouvons ainsi consciemment privilégier des activités qui augmentent naturellement la quantité d'ocytocine dans notre sang comme chanter, danser ou prier. Avoir une vie sociale riche est en fait la meilleure recette pour resserrer les liens avec les autres, mais cela nous le savons tous instinctivement. La science vient simplement de conforter notre instinct.