Affaire du Sofitel: DSK affirme qu'il y a eu des influences politiques

Dominique Strauss-Kahn sur le plateau de TF1, le 18 septembre 2011. REUTERS/Francois Guillot/Pool

Mystère de la chambre 2806 et théories du complot, le retour. Dans une interview exclusive à Edward Jay Epstein, ce journaliste d'investigation américain qui avait publié une longue enquête dans la New York Review of Books, Dominique Strauss-Kahn affirme qu'il pense que l'UMP a orchestré sa chute.

Edward Jay Epstein publie un ebook sur l'affaire ce mardi 1er mai, Three Days in May: Sex, Surveillance, and DSK, dont le Guardian publie les bonnes feuilles (dont des extraits ce vendredi). Ce sont les premiers propos depuis l'entretien que l'ancien président du FMI avait accordé à TF1, à son retour en France.

Strauss-Kahn se voyait déjà candidat, explique-t-il à Epstein:

«Je comptais annoncer officiellement ma candidature le 15 juin et je n'avais aucun doute que je serais le candidat du Parti socialiste.»

Celui qui était il y a un an le favori à l'investiture socialiste pour la présidentielle ne dit pas que sa rencontre avec Nafissatou Diallo –la femme de chambre qui l'accuse de l'avoir agressée sexuellement le 14 mai 2011 dans une suite du Sofitel de New York– était un piège mis au point par ses opposants.

Mais il affirme que ce qui a suivi cette rencontre a été «influencé par des gens avec des buts politiques», et qu'il s'agissait «de plus qu'une simple coincidence».

Ce qui s'est passé dans la suite 2806

DSK ne nie pas non plus le rapport sexuel avec Nafissatou Diallo mais affirme que ce rapport était consenti: lorsqu'il est sorti nu de sa salle de bain, dit-il, il a été surpris de voir une femme en tenue de femme de chambre «le regarder directement». D'après lui, elle ne semblait pas être présente pour nettoyer sa suite:

«Je suis certain qu'elle n'avait pas de matériel de ménage, il n'y avait pas de caddy de ménage.»

S'en sont suivis quelques mots et gestes, dont il a conclu qu'elle lui proposait «un service sexuel».

DSK mène l'enquête depuis 11 mois

L'ancien président du FMI assure qu'il était surveillé par les services secrets français quelques semaines avant le 13 mai, et accuse des responsables du Sofitel et d'Accor plus ou moins liés à Nicolas Sarkozy d'avoir intercepté des conversations téléphoniques et de s'être assurés que Nafissatou Diallo contacte la police:

«Peut-être que j'ai été naïf, mais je ne pensais pas que ça irait aussi loin... Je ne pensais pas qu'ils pourraient trouver quelque chose qui m'arrêterait.»

Dominique Strauss-Kahn a dit à Epstein qu'il menait depuis 11 mois sa propre enquête, étudiant avec l'aide de détéctives privés les vidéos de sécurité et les informations sur les clés électroniques du Sofitel, ainsi que des factures téléphoniques.

Dans son interview sur TF1 en septembre dernier, il avait parlé de «faute morale» quant à ce qui s'était passé avec Nafissatou Diallo. Mais quand Claire Chazal lui avait demandé s’il pensait que des interventions extérieures avaient eu lieu dans cette affaire, s’il croiyait au piège ou au complot, il répondait alors:

«Un piège, c’est possible, un complot, nous verrons.»

D'après l'extrait publié par le Guardian, DSK confirme à Epstein certains élements que le journalistes américain avait relevées dans son enquête en novembre dernier: il affirme par exemple avoir reçu un SMS et des emails d'une amie à Paris le prévenant que ses communications étaient surveillées et qu'un email qu'il avait envoyé à sa femme Anne Sinclair avait été trouvé dans le QG de l'UMP.

Il ajoute d'ailleurs avoir utilisé des moyens de cryptage sur ses sept téléphones, mais les avoir retirés peu de temps avant l'affaire du Sofitel parce que ses téléphones ne fonctionnaient plus.

Il insiste également sur la «danse de la victoire» relevée par Epstein, de deux employés du Sofitel peu après l'appel de Nafissatou Diallo à la police. Assez logiquement, DSK ne croit pas que «cette danse de la victoire était une coïncidence».

Cette interview intervient dans l'entre-deux-tours entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, et alors qu'un juge doit décider mardi 1er mai si DSK peut faire appel à son immunité diplomatique dans le volet civil de l'affaire qui l'oppose à Nafissatou Diallo.

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