1992-2012: des émeutes raciales pour Rodney King aux manifs pour Trayvon Martin

Rodney King s'adressant aux habitants de Los Angeles le 1er mai 1992

A l'approche de l'anniversaire des violentes émeutes de fin avril 1992, Rodney King est réapparu dans les médias avec l'affaire Trayvon Martin.

Son visage tuméfié a marqué l'Amérique, et même s'il a eu douze autres vies depuis, pour des millions d'Américains il sera la victime d'une des plus brutales bavures policières jamais filmées ou le hooligan qui ne s'est pas arrêté quand la police lui a demandé de se garer sur le bas-côté, résume l'Associated Press.

Quoi qu'il en soit, Rodney King reste l'homme noir dont le passage à tabac en mars 1991 a mené à l'une des émeutes raciales les plus graves des États-Unis. King avait tenté d'échapper aux policiers par peur de prendre une amende pour conduite en état d'ébriété le 3 mars 1991. Lorsqu'il s'est finalement arrêté, les quatre officiers l'ont frappé, matraqué et «tasé». Un habitant sorti regarder ce qu'il se passait a tout enregistré, et envoyé une copie de la cassette à une station de télévision locale (voir ce documentaire de CNN pour plus de détails).

Un an plus tard, le 29 avril 1992, les quatre policiers sont acquittés par un jury sans un seul juré noir. S'en sont suivies des émeutes de plusieurs jours qui ont fait des dizaines de morts et des milliers de blessés.

Rodney King était apparu à la télévision le 1er mai pour poser, d'une voix tremblante, une question restée célèbre aux États-Unis:

«Est-ce qu'on ne peut pas tous s'entendre?»

Il a ensuite reçu 3,8 millions de dollars dans un procès civil contre la ville, mais explique à l'Associated Press en avoir perdu la plupart dans de mauvais investissements. Depuis son arrestation célèbre, il a de nombreuses autres fois été arrêté pour des délits liés à sa consommation d'alcool, et est passé par quelques programmes de télé-réalité comme «Celebrity Rehab».

Début avril, alors que l'Amérique était encore sous le choc de la mort de Trayvon Martin, cet adolescent noir abattu par un homme qui le trouvait «suspect» (il n'était armé que d'une bouteille de thé glacé et d'un paquet de bonbons), Rodney King se sent ramené en arrière:

«Le son horrible d'un jeune homme noir hurlant de toutes ses forces sur l'enregistrement d'un appel aux secours m'a rappelé mon cri terrifiant sur une cassette vidéo il y a 20 ans

Critiqué pour avoir fait ce rapprochement alors que Trayvon Martin ne faisait rien d'autre que rentrer chez lui tandis que King conduisait en état d'ébriété, il a ajouté récemment au Daily Beast:

«Je ne veux pas faire une gaffe [...] Ça m'a rappelé ma situation et l'injustice que les gens noirs doivent affronter tout le temps. Je suis fatigué de voir ça. Quoi que j'ai fait, je ne méritais pas d'être battu comme je l'ai été, et ce jeune garçon ne méritait pas d'être tué pour n'avoir rien fait.»

Mais à 47 ans, Rodney King assure à l'Associated Press qu'il est heureux:

«L'Amérique a été bonne avec moi, après que j'ai payé le prix et que je suis resté en vie malgré tout ça. J'en suis à la partie facile de ma vie désormais.»