Un Russe interdit de quitter le pays à cause de sa barbe

Photo du site de I.V. Pugach

Mikhail Verbitsky, un mathématicien et blogueur russe, s’est récemment vu refuser la sortie de Russie par les autorités… à cause de sa barbe. Non pas que la pilosité faciale soit interdite dans le pays, où elle est même un attribut plutôt courant chez les scientifiques. Mais Verbitsky n’avait pas payé une amende pour l’utilisation illégale de la barbe qu’il portait, et n’a donc pas pu rejoindre Varsovie où il devait participer à une conférence scientifique. La journaliste Masha Gessen explique dans un billet de blog sur le site du New York Times l’enchaînement d’évènements pour le moins improbable qui a conduit à une telle situation.

L’homme qui a attaqué en justice le mathématicien pour sa barbe se nomme I.V. Pugach. Il affirme avoir déposé la marque d’un certain type de barbe: avec les tempes dégagées et des poils limités au menton et à la lèvre supérieure, une sorte de bouc qui selon lui est la propriété exclusive, et même un «attribut racial», du peuple russe. Pugach gère même un site Internet sur lequel il s’emporte contre les violations de ce qu’il considère ses droits exclusifs, et y qualifie la mauvaise utilisation de la barbe, et notamment par des non-Russes, de «génocide».

«J’ai réprimandé Barack Obama pour avoir retardé la punition de Mouammar Kadhafi, un ennemi du peuple russe qui a illégalement porté la barbe», écrit Pugach sur son site, où il s’en prend également aux monarques français et égyptiens ou encore à l’Eglise orthodoxe russe.

Mais si le site Internet ressemble plus à une parodie qu’à un site sérieux, Masha Gessen écrit dans le New York Times qu’il contient des documents du bureau des marques déposées russes qui semblent indiquer que Pugach ait réussi à faire reconnaître officiellement sa propriété sur la barbe: un individu lambda doit s’acquitter de 600 dollars (458 euros), un acteur célèbre de 30.000 dollars et les chaînes de télé de quatre millions de dollars. Gessen écrit:

«S’il n’y a pas de preuve que Pugach a déjà vendu des licences, il semblerait qu’il puisse techniquement le faire.»

Verbitsky n’a pas, à proprement parler, une barbe «à la Pugach», mais plutôt une barbe classique. Mais il avait critiqué ce dernier dans un billet de blog en 2006 quand Pugach avait demandé à ce que l’écrivain Paulo Coelho soit retiré des librairies russes à cause de sa barbe. Offensé par cet affront public, Pugach avait attaqué en justice Verbitsky, sans pour autant que celui-ci soit au courant du procès à son encontre. Une situation apparemment courante en Russie à cause d’un système postal archaïque qui ne livre pas toujours les courriers officiels à la bonne adresse, selon Gessen.

C’est donc à la suite de ce jugement que le mathématicien s’est retrouvé à son insu dans une base de données des douanes russes, et s’est vu refuser la sortie du pays parce qu’il n’avait pas payé son amende d’environ 10.000 dollars. Il s’est depuis attaché les services d’un avocat pour retrouver de droit de porter sa barbe librement.