Culture

Les mèmes sont-ils de l’art? (VIDEO)

Temps de lecture : 2 min

Un exemple du mème "Conspiracy Keanu".
Un exemple du mème "Conspiracy Keanu".

Verra-t-on un jour une exposition consacrée aux lolcats? Dans une vidéo publiée sur la chaîne Youtube de PBS Idea et reprise par The Verge, Mike Rugnetta se demande si les mèmes (ces images transformées et multipliées à l’infini à travers l’Internet mondial dans une gigantesque communion du LOL) peuvent être considérées comme de l’art à part entière.

«Les gens créent des images et les partagent avec des inconnus dans le but de transmettre leurs propres sentiments? Ça, mon ami, c’est de l’art. Purement et simplement.»

Même les philosophes le pensent. Mike Rugnetta cite par exemple Léon Tolstoï et son essai Qu’est-ce que l’art?, dans lequel il donne la définition suivante (page 56):

«Évoquer en soi-même un sentiment déjà éprouvé et, l’ayant évoqué, le communiquer à autrui, par le moyen de mouvements, de lignes, de couleurs, de sons, d’images verbales: tel est l’objet propre de l’art.»

Parce qu'ils représentent une forme évidente de catharsis, Aristote aussi serait d'accord pour ranger les mèmes parmi les oeuvres d'art, estime le chroniqueur. Du point de vue du philosophe, le propre d'une réalisation artistique est de permettre l'évacuation d'un trop-plein de sentiments. Or quoi de mieux qu'un bon vieux «rage guy» pour manifester sa colère, ou un zèbre dansant sur du gazon pour exprimer sa joie de vivre?

On retrouve également dans le processus de copie et de transformation propre aux mèmes une dimension warholienne, les consommateurs de pop culture tendant à en devenir eux-mêmes les acteurs.

On peut par exemple citer l’histoire récente du «Ridiculously Photogenic Guy». A la base, une banale photo d’un sportif (mignon) participant à la course de Cooper River Bridge de Charleston, en Caroline du Sud. A l’arrivée, des milliers de copies et de détournements après que l’auteur du cliché l’a posté sur Reddit.

ridiculously photogenic guy

La perméabilité entre les mèmes internet et l'art plus «institutionnel» est déjà flagrante. On peut par exemple citer l'adapation réaliste des «rages faces» par Sam Spratt, l'irruption du «pepper spraying cops» dans des tableaux reconnus, ou encore la transformation de mèmes en affiches de film minimalistes.

Slate.fr

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