Monde

Les centurions romains entrent en guerre

Slate.fr, mis à jour le 13.04.2012 à 12 h 30

Centurioni al Colosseo par Simone Ramella via FlickrCC / License by

Centurioni al Colosseo par Simone Ramella via FlickrCC / License by

Si vous vous êtes déjà rendu à Rome, vous avez vu, faisant le pied de grue devant le Colisée ou sur la place Navonne, des centurions aux armures en plastique. Ils sont là pour arracher 10 ou 15 euros aux touristes qui veulent poser avec eux. Ce qui leur fait gagner entre 200 et 1.000 euros par mois.

«Ils sont une quarantaine, rien qu'entre le Colisée et la place de Venise, tout le long du Forum», raconte Philippe Ridet, le correspondant du Monde à Rome.

Mais ils sont bien plus à attendre un statut, un permis, une régularisation quelconque. «Ça fait des années qu’on attend d’être mis en règle avec la Mairie», racontait un centurion au Corriere della Sera en août 2011. «On est tous sur une liste d’attente. Mais il faut croire que le Capitole nous a oubliés.»

Depuis quelques semaines, Rome et les centurions sont en guerre ouverte. Cette guerre a longtemps été larvée. Les revendications ont au moins une décennie, elles existaient déjà en 2002 à l’époque où Walter Veltroni était maire de la capitale. Elle n’a jamais été réglée.

Au sein de la mairie les dissensions explosent. Certains estiment, comme l’adjoint au maire Giordano Tredicine, qu’il faudrait créer un «ordre des légionnaires» pour réglementer la profession au nom de la dignité des travailleurs. Du même parti, Mauro Cutrufo trouve l’idée aberrante et pense surtout à la protection des touristes contre les arnaqueurs. L’ancien sous-secrétaire aux Biens culturels Francesco Giro envisage, lui, la régularisation mais rappelle qu’il faudra alors imposer fiscalement les centurions qui ne pourront plus travailler au noir.

Finalement, le 4 avril, un arrêt municipal a été adopté. Il vise à faire respecter une loi régionale de 2002 interdisant le commerce ambulant à proximité de monuments historiques. Les centurions risquent désormais des poursuites pénales s’ils s’approchent trop près du Colisée ou du Panthéon. Et ils sont furieux. A tel point que deux centurions qui avaient décidé de s’installer dans le Colisée se sont fait déloger par les forces de l’ordre et des collègues centurions ont essayé de les «libérer». Ce qui s’est transformé en rixe. Les secours ont dû intervenir.

Si la polémique est si forte et les réticences à régulariser si grandes, c’est qu’il y a un enjeu esthétique.

«Prenons la place Navone, par exemple», suggère Philippe Ridet: 

«La moitié de ce lieu mythique est envahie par des rapins, spécialisés dans la caricature et la vente de tableaux tous plus laids les uns que les autres. Une autre partie de la place est le territoire des artistes de rue et des orchestres tziganes qui jouent, du matin au soir, O sole mio et Champs-Elysées, de Joe Dassin. C'est un peu comme si, à Paris, la place du Tertre envahissait la place Vendôme. A supposer que ces activités soient contrôlées et fiscalisées, on s'étonne qu'on ait laissé se développer autant de mauvais goût dans ce qui aurait dû rester l'écrin même du raffinement.»

Mais il y a aussi un enjeu culturel. La Repubblica estime qu’il y a une folklorisation de la culture italienne.

«Rome devient un folklore improbable, les indigènes sont assimilés à de faux stéréotypes, des guignols: (…) on chante tous funiculì funiculà si l'on vient de Naples, si l'on vient de Sardaigne nous sommes des bergers, (...) si l'on est Romain, on est gladiateur devant le Colisée.»

Cette folklorisation est telle, selon l’article, que le représentant du G8 en Italie en 2008 (Stephen Harper) s’était largement mépris sur l’histoire italienne, faisant de ces centurions des descendants d’indigènes brimés à l’instar des Indiens d’Amérique ou des Maori de Nouvelle-Zélande.

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