France

Le juge Albert Lévy, cible de Forsane Alizza et de l'extrême droite

Slate.fr, mis à jour le 03.04.2012 à 18 h 16

Site Internet de Forsane Alizza. Capture d'écran

Site Internet de Forsane Alizza. Capture d'écran

Le juge Albert Lévy, vice-président du tribunal de grande instance de Lyon, était la cible d’un projet d’enlèvement du groupe Forsane Alizza, affirme Europe 1. Menacé par le groupe islamiste en raison de son patronyme juif, Albert Lévy était surtout jusqu’à présent un ennemi de… l’extrême droite. Comme le rappelle le Syndicat de la magistrature (SM), qui lui exprime «son total soutien», Albert Lévy «n’a déjà été que trop éprouvé dans le passé par des attaques antisémites en provenance de l’extrême-droite».

Comme substitut du procureur au tribunal de Toulon, le magistrat a été chargé de plusieurs affaires en lien avec l’affairisme varois dans les années 1990, marqué à l'époque par les liens entre milieux mafieux et personnalités politiques locales.

Dans l’affaire Yann Piat, Lévy fait remonter à sa hiérarchie des informations sur les pistes politiques, négligées à l'époque au profit des milieux du banditisme local… Il n’est pas entendu. «Parce qu'il avait démontré les racines politico-mafieuses de cette affaire, il deviendra l'homme à abattre», écrivaient dans une tribune publiée dans Libération en 2004 Noël Mamère (alors député Vert), Christian Picquet (LCR) et Pierre Jacquin (SM).

Les auteurs rappelaient alors qu’Albert Lévy avait été chargé de plusieurs affaires, dont l'homicide de Jean-Claude Poulet-Dachary, adjoint de Jean-Marie Le Chevallier, maire (FN) de Toulon, et les poursuites à l'encontre de M. de Beauregard, autre adjoint au maire, et de l'épouse de Le Chevallier pour discrimination à l'emploi. Dans l’affaire de l’homicide de Poulet-Dachary, le tribunal correctionnel de Toulon a condamné en 2001 le maire Jean-Marie Le Chevallier à un an de prison avec sursis et 30.000 francs d’amende pour subornation de témoins.

Albert Lévy est sous les feux de l’actualité en 1998, quand la juge Marie-Paule Moracchini le met en examen pour violation du secret de l’instruction, le substitut étant accusé d’avoir livré un procès-verbal d’audition à un journaliste de VSD dans une affaire qui implique la gestion du Front national à Toulon. L’audition est celle de l’ancien président du Sporting Club de Toulon, Sauveur Catalano, et concerne l’affaire des pots-de-vin des cantines scolaires de la ville.

Albert Lévy, victime d’«acharnement» selon le Syndicat de la magistrature qui le défend à l’époque et voit dans cette instruction un règlement de compte, est mis sous contrôle judiciaire avec «obligation de traitement psychiatrique pour paranoïa»… Dans ce procès où Jean-Marie Le Pen s'est constitué partie civile, le magistrat et le journaliste concerné seront tous deux relaxés par le tribunal correctionnel de Paris en 2006.

Régulièrement attaqué à l’époque par la presse d’extrême droite, Albert Lévy le sera aussi dans le Journal de l’Association professionnelle des magistrats, proche du RPR, qui écrit:

«Tant va Lévy au four qu'à la fin il se brûle.»

L’auteur de ce calembour, Alain Terrail, avocat général à la Cour de cassation, sera condamné pour injure publique à caractère racial et mis en retraite anticipée.

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