Monde

Margot Honecker: la chute du Mur et les «idiots utiles»

Slate.fr, mis à jour le 03.04.2012 à 18 h 02

Margot Honecker en 1981 via Wikimedia Commons

Margot Honecker en 1981 via Wikimedia Commons

C'est ce qu'on peut appeler un gros coup dans le jargon journalistique car ça n'était pas gagné d'avance. Cela faisait vingt ans qu'elle n'avait pas donné d'interview. Elle, la femme la plus puissante d'ex-Allemagne de l'Est, l'épouse du dernier dictateur allemand, Erich Honecker. A la chute du Mur, le couple présidentiel s'enfuit au Chili, où le président déchu de la République démocratique décèdera d'un cancer cinq ans plus tard.

A force de ténacité –deux ans de pourparlers– et aussi grâce à la «chance du reporter», comme il dit, le journaliste télé Eric Friedler a réussi à obtenir trois interviews avec Margot Honecker, qui vit toujours exilée au Chili. Son documentaire, Der Sturz -Honeckers Ende (La Chute – La fin d'Honecker), se concentre sur les trois mois qui suivirent la chute du régime communiste est-allemand.

Face à la caméra, Margot Honecker, 84 ans, parle sans langue de bois. Aucun remords n'affleurent chez celle qui fut ministre de l'Education pendant près de trente ans. Le réalisateur explique:

«Elle n'a pas prononcé un mot de regret ou d'excuse. Elle vit certes au Chili, mais elle est en relation avec toute une garde d'anciens camarades. Elle passe des heures sur Internet, elle sait exactement ce qui se passe dans la République fédérale. Mais elle dit qu'elle ne ressent aucun manque envers cette Allemagne. Elle a la nostalgie d'une autre Allemagne, qu'elle considère comme la meilleure, la RDA

La veuve Honecker voit ainsi dans la chute du Mur «une contre-révolution fomentée par les agents de l'Ouest et des idiots utiles», tandis que l'unité allemande est une «erreur» et le déclin économique de la RDA «n'est simplement pas vrai».

Questionnée sur la fronde contre le régime communiste, elle répond:

«Il y avait aussi des ennemis de la RDA, c'est pour cela qu'il y avait une sûreté étatique.»

Au sujet de ceux qui sont tombés sous les balles parce qu'ils voulaient passer à l'Ouest:

«Ils n'avaient pas besoin de grimper sur le Mur pour payer cette bêtise de leur vie.»

Pour le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung, il s'agit d'un «document étonnant», «une heure d'histoire pleine d'aventures et saisissante», le réalisateur ayant reconstitué minutieusement les jours et les heures décisives de la défaite d'Honecker, à la manière d'un film policier.

Le quotidien de gauche Tageszeitung n'est pas de cet avis, reprochant au film son manque de pédagogie et de distance par rapport à cette «vieille dame étonnamment alerte, qui vit toujours dans son monde stalinien, dans lequel le parti a toujours raison et l'Homme et l'humain ont toujours été mis de côté».

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