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Allemagne: 140 euros de retraite pour de nombreuses femmes en emploi précaire, les «minijobbeuses»

Slate.fr, mis à jour le 31.03.2012 à 11 h 01

Photo: Un bureau de l'emploi à Berlin, en 2010. REUTERS/Thomas Peter.

Photo: Un bureau de l'emploi à Berlin, en 2010. REUTERS/Thomas Peter.

Des millions d'Allemandes risquent de se retrouver dans une grande pauvreté quand elles seront à la retraite bien qu'elles aient travaillé toute leur vie, selon les calculs du ministère de l'Emploi allemand, publiés dans le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung.

Les plus concernées sont celles qui exercent un «minijob», un emploi à temps partiel contraint rémunéré maximum 400 euros par mois. Les employeurs allemands ont massivement recours à ce type de contrat, qui permet de payer moins de charges sociales que dans les contrats d'embauche traditionnels. 7,4 millions d'Allemands ont aujourd'hui un minijob, parmi lesquels 4,65 millions de femmes.

Ces dernières sont surreprésentées car elles sont plus nombreuses à accepter ce type de contrat, qui vient souvent compléter les revenus du compagnon embauché à temps-plein, et aussi parce qu'il s'adapte à l'emploi du temps de celles qui ont des enfants, dans un pays où l'idée qu'une femme doit arrêter de travailler pour pouvoir bien élever ses enfants est encore très répandue.

Cela a des conséquences énormes sur la retraite de celles et ceux qui ont un minijob, explique le journal, car les cotisations qui sont versées aux caisses de retraite publiques par l'employeur sont aujourd'hui très faibles: une personne qui a un minijob sur une durée d'un an verse aujourd'hui une cotisation mensuelle de 3,11 euros. Sur une période d'emploi de 45 ans, le montant mensuel de la retraite, selon les taux de 2012, s'élèverait donc à 139,95 euros par mois !

Présenté comme «un premier pas vers un contrat de travail» sur le site de l'Agence fédérale pour l'emploi, le minijob enferme dans la plupart des cas les femmes dans la précarité. Pour la ministre de la Famille Kristina Schröder (CDU), citée sur l'hebdomadaire Stern, «le minijob est une impasse biographique pour de nombreuses jeunes mères qui sont à la recherche d'un travail régulier».

Pour remédier à ce problème, la ministre du Travail Ursula von der Leyen (CDU) propose de verser un complément retraite aux employés sous contrat minijob à partir de l'an prochain, à condition qu'ils mettent eux aussi la main à la poche et cotisent auprès de caisses complémentaires.

Leur retraite s'élèverait ainsi à 365 euros par mois, et dans le cas où aucun autre revenu ne viendrait compléter cette allocation, ils auraient automatiquement droit au minimum vieillesse, soit 688 euros mensuels.

Mais ces promesses, jugées à côté de la plaque, ont déclenché de vives réactions chez les syndicats allemands. Pour Michaela Rosenberger, vice-présidente du NGG, le plus vieux syndicat allemand, il faut tout simplement supprimer ce type de contrats, qu'elle accuse de faire plonger «directement dans la pauvreté».

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