Monde

Emeutes d'août 2011: l'Angleterre cherche toujours les responsables

Slate.fr, mis à jour le 28.03.2012 à 12 h 41

Une rue de Londres pendant l'émeute. REUTERS/Luke MacGregor

Une rue de Londres pendant l'émeute. REUTERS/Luke MacGregor

Au mois d'août, David Cameron avait estimé devant les parlementaires que les émeutes qui venaient de secouer l'Angleterre relevaient de la «criminalité pure et simple»Près de 2.000 personnes avaient été arrêtées au cours de violences qui avaient commencé dans le quartier londonien de Tottenham avant de s'étendre jusqu'à Liverpool, Manchester et Birmingham.

Les résultats d'une nouvelle enquête menée sur plusieurs milliers de personnes par une commission indépendante désignée par les trois principaux partis politiques britanniques viennent de nouveau contredire la version des faits exposée par le Premier ministre. Le rapport insiste notamment sur la nécessité d'aider certaines populations à mieux «prendre part à la société» afin d'éviter de nouveaux troubles, comme le rapporte le Guardian. Il a notamment été salué par Diane Abbott, députée travailliste de Hackney (l'un des quartiers les plus touchées par les émeutes), puisqu'il insiste sur les causes économiques et sociales et émeutes et s'éloigne de la vision simpliste de David Cameron.

Ce rapport de la Riots Communities and Victimes Panel conclut que parmi les éléments ayant mis de l'huile sur le feu des émeutes, il y aurait eu un«manque d'opportunité pour les jeunes, une mauvaise éducation, l'échec du système judiciaire à réhabiliter les délinquants, le matérialisme et la suspicion de la police».

La commission établit également plusieurs recommandations, comme l'imposition de «pénalités financières» pour les écoles qui ne parviendraient pas à combattre l'illettrisme de leurs élèves, le besoin pour ces écoles d'évaluer régulièrement la «force de caractère» de leurs élèves ou la mise en place de mesures favorisant l'emploi des jeunes. Et puisque le rapport souligne que la moitié des attaques recensées avaient seulement pour but de voler, une autre suggestion est de faire en sorte de mieux «protéger [les jeunes] du marketing excessif».

A la suite des émeutes, le gouvernement avait mis en place le Troubled Families Programme, visant à apporter un soutien à 120.000 familles désignées comme les plus en difficulté. Seulement 5% des personnes interrogées par la commission ont estimé que les familles visées par le programme et celles des émeutiers étaient bien les mêmes.

Le Huffington Post, qui relève en particulier que la commission a identifié 500.000 «familles oubliées» par le programme, donne la parole à la fondatrice de l'Institut de la famille et de l'éducation (Family and Parenting Institute) Katherine Rake qui critique la mise en accusation des mauvais parents comme une solution «simpliste»«On peut rapidement désigner les parents comme responsables des échecs de leurs enfants, mais il faut aussi reconnaître le rôle crucial joué par la société et nos communautés», rappelle-t-elle.

Il ne s'agit pas de la première étude à s'interroger sur les éléments déclencheurs des émeutes de l'été 2011. Nous vous avions par exemple parlé d'une première enquête menée par le Guardian en collaboration avec la London School of Economics sur 270 «manifestants». Elle mettait notamment en cause les rapports entre les populations et la police, et l'opportunisme de certains émeutiers qui avaient simplement profité des troubles rallumés par la mort de Mark Duggan pour se procurer des «trucs gratuits». Dans un article publié par le Telegraph, la blogueuse et institutrice Katharine Birbalsingh insistait sur les ressorts raciaux de tensions qui avaient explosé quelques mois après le fameux discours de Cameron sur l'échec du multiculturalisme britannique.

 

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