Contre le plagiat, un prof piège ses élèves

Keyboard / Travis Isaacs via FlickrCC License by

Ayant constaté, lors de sa première année d’enseignement dans un lycée, que ses élèves recopiaient le web dans leurs dissertations, un professeur de lettres a décidé de les prendre à leur propre piège. Il le raconte sur son blog, La Vie Moderne, signalé par Arrêts sur Images.

«Vers la fin de l’été de cette même année, j’ai exhumé de ma bibliothèque un poème baroque du XVIIe siècle, introuvable ou presque sur le web. L’auteur en est Charles de Vion d’Alibray. Le date de composition du poème est inconnue, ce qui empêche toute spéculation autobiographique.»

Et le professeur décide de rédiger une fausse note sur Wikipédia, de fournir à des sites de dissertations des corrigés plein d’erreurs, de s’inscrire sur des forums à la fois comme érudit et comme élèves posant des questions, pour instaurer un dialogue factice au sujet de l’auteur. Et de mettre le plus de liens possibles vers les faux corrigés, notamment sur la page Wikipédia de l’auteur.

«A la rentrée, j’ai accueilli mes deux classes de première en leur donnant deux semaines pour commenter ce poème à la maison et en leur indiquant la méthodologie à suivre. Je les ai bien sûr invités à fournir un travail exclusivement personnel. Une de mes élèves est venue s'excuser: en cours de déménagement, elle n'avait pas accès à Internet. Je me suis contenté de sourire.»

Au retour des copies, plus des trois-quart des élèves avaient recopié «à des degrés divers» ce qu’ils avaient trouvé sur le Web, «sans recouper ou vérifier les informations ou réfléchir un tant soit peu aux éléments d’analyses trouvés, croyaient-ils, au hasard du net».

Conclusion du professeur:

«On recommande aux professeurs d'initier les élèves aux NTIC. Je crois que j'ai fait mon travail et que la conclusion s'impose d'elle-même: les élèves au lycée n'ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres. Leur servitude à l'égard d'Internet va même à l'encontre de l'autonomie de pensée et de la culture personnelle que l'école est supposée leur donner.»

En revanche, dans le cycle supérieur d’études, les étudiants utilisent le Web avec une plus grande distance. En 2010, une étude de Washington University, aux Etats-Unis, s’était penchée sur l’usage de Wikipédia. Une utilisation massive, «même lorsque leurs professeurs le déconseillent», expliquait un article du Monde revenant sur l’étude. «Ils apprécient son côté pratique et intelligible, notamment pour "débroussailler" un sujet, mais ils ne lui font pas aveuglément confiance et privilégient les sources universitaires, les livres et les journaux dans la deuxième étape d'un travail de recherche.»