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En Inde, les échographies favorisent l'avortement sélectif

Slate.fr, mis à jour le 22.03.2012 à 12 h 23

Scan. Daniel Hughes via Flickr CC Licence by

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La généralisation des échographies inquiète l’Inde. Le deuxième Etat le plus peuplé au monde vient d’ouvrir une enquête sur les machines à ultrason bon marché importées de Chine, responsables d’un accroissement des avortements sélectifs, selon le Telegraph.

L’exemple chinois est célèbre. Entre 2000 et 2004, 124 garçons sont nés en moyenne pour 100 filles, alors que la moyenne mondiale se situe entre 103 et 107, rappelait William Saletan sur Slate.fr. Mais les IVG discriminatoires effectuées au détriment des filles sont aussi nombreuses en Inde.

Or, depuis quelques années, de nouveaux appareils produits en Chine ont fait irruption sur le marché indien, permettant d’effectuer une échographie à des prix beaucoup plus bas. Si cette «démocratisation» facilite l’accès aux soins, elle a également entraîné une recrudescence du nombre des avortements sélectifs, en permettant de connaître le sexe du fœtus à moindre coût.

Conséquence, le nombre de filles indiennes est aujourd’hui de 914 pour 1.000 garçons, contre 927 en 2001. Pour inverser la tendance, le ministère de la Santé indien étudie donc la possibilité de mettre en place des taxes afin de rendre l’utilisation des machines à ultrason en provenance de Chine plus onéreuse. Une stratégie à double tranchant puisque le coût augmenterait aussi pour une utilisation médicale des appareils, pour vérifier que le fœtus n’a pas de malformation par exemple.

Effectuer une échographie dans le seul but de révéler le sexe d’un fœtus à une femme enceinte est puni par la loi indienne. Pour la première fois, un médecin coupable de telles pratiques avait été condamné en 2006 à deux ans de prison, rapporte le New York Times. Un symbole qui n’a pas beaucoup enrayé le phénomène, dont les causes sont ancrées dans la société indienne explique RFI:

«La société indienne est depuis longtemps dominée par les hommes. Dans les campagnes, le garçon est considéré comme une force de travail (…). Les filles sont considérées comme inférieures et comme une charge économique puisqu’il faudra payer la dot.»

En février 2012, la découverte d’une clinique britannique proposant des avortements sur la base du sexe du fœtus a fait scandale. Outre la dimension légale d’une telle pratique, fortement contestée, c’est surtout sur son aspect éthique et moral que le débat s’était placé.

Mais l’avortement sélectif n’est pas le seul problème auquel l’Inde doit faire face. Comme le rappelait l’écrivaine Kishwar Desai dans le Guardian:

«Des femmes meurent chaque jour en Inde parce qu’elles n’ont pas pu atteindre un hôpital à temps pour accoucher, qu’elles soient enceintes d’un garçon ou d’une fille.»

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