Quand Jésus cautionnait le mariage gay

Un couple homosexuel lors d'une cérémonie de mariage symbolique à Rome, 21 mai 2005, REUTERS/Max Rossi

Les opposants au mariage homosexuel se targuent souvent d’être les gardiens d’une tradition millénaire, qu’est celle du mariage uniquement hétérosexuel –et qu’il ne faudrait pas déranger au risque de chambouler les bases et valeurs de nos société. Oups, erreur. Il se trouve que la religion chrétienne, en certaines périodes de l’histoire, a elle-même accepté le mariage gay. Le site Care2.com l’explique:

«Dans le célèbre monastère Sainte-Catherine, sur le Mont Sinaï, il y a une icône. On y voit deux saints chrétiens, habillés en vêtements de cérémonie, en train d’être unis. Leur “pronubus” (autrement dit témoin de mariage) n’est rien de moins que Jésus-Christ. L’heureux couple est formé de martyrs chrétiens du IVe siècle, Saint-Serge et Saint-Bacchus –deux hommes donc.»

Le site Care2.com revient sur l'histoire du mariage gay, bien antérieur aux revendications actuelles. Le théologien chrétien orthodoxe Sévère d'Antioche expliquait ainsi au VIe siècle qu’«il ne faut pas séparer dans le discours  [Serge et Bacchus] ceux qui ont été joints dans la vie». Dans un récit de leur vie, au Xe siècle, Saint-Serge est décrit comme le «gentil compagnon et amant» de Saint-Bachus.

John Richard Boswell, historien de la prestigieuse université Yale, aux Etats-Unis, a découvert ce pan de la culture chrétienne dans l’Europe pré-moderne et écrit dessus il y a près d’une vingtaine d’année. Il décrit notamment dans son livre Le mariage de même sexe dans l’Europe pré-moderne, les différentes organisations dédiées au mariage homosexuel, l’existence d’un ordre fait pour unir les hommes, la bénédiction des prêtes lors de ces unions…

Dans ses travaux, le chercheur en histoire sociale et religion Allan Tulchin, de l’université de Shippensburg en Pennsylvanie, aboutit aux mêmes conclusions: l’idée du mariage homosexuel n’est pas une idée nouvelle, et fut traitée avec bien plus de tolérance par le passé.

«Les structures familiales occidentales ont été bien plus diverses qu’on ne le réalise aujourd’hui», écrivait Tulchin en septembre 2007, dans le Journal of Modern History. En France, Tulchin a ainsi trouvé des contrats datant du Moyen-Age, qui unissaient deux hommes, avec le terme «affrèrement». Les «frères» ainsi unis prêtaient serment de vivre ensemble et de partager «un pain, un vin, et une bourse». Ce contrat devait être passé devant un notaire et un témoin, à l’instar des mariages. Une sorte de Pacs médieval. Allan Tulchin estime avoir trouvé «des preuves massives selon lesquelles les “affrèrés” utilisaient ces “affrèrements” pour formaliser des relations amoureuses homosexuelles».