Monde

L'histoire de Turdi/Evie, la nounou transgenre d'Obama

Slate.fr, mis à jour le 07.03.2012 à 11 h 07

Barack Obama à Chicago, le 3 août 2011. REUTERS/Jim Young

Barack Obama à Chicago, le 3 août 2011. REUTERS/Jim Young

Barack Obama n'est pas le seul président des Etats-Unis à avoir eu une nounou, mais c'est sans doute le seul à avoir eu une nounou transgenre. Né homme, puis ayant vécu en femme, Turdi, qui se fait aussi appeler Evie, a aujourd'hui 66 ans et vit dans les rues de Jakarta. Il s'est occupé d'Obama pendant deux ans quand le président des Etats-Unis était enfant et vivait en Indonésie. C'est l'histoire que raconte Associated Press.

Né homme, Turdi raconte avoir toujours su qu'il était une femme. Battu par son père, victime de harcèlement, il abandonne l'école très tôt pour devenir cuisinier. En 1969, c'est lors d'un cocktail qu'il rencontre Ann Dunham, mère de Barack Obama, arrivée en Indonésie avec son deuxième mari Lolo Soetoro. Impressionnée par ses talent gastronomiques, Ann finit par lui offrir un poste de cuisinier à la maison familiale, et Turdi devient vite le baby-sitter de Barack, «Barry», alors âgé de 8 ans. A l'époque, il reste homme le jour et s'habille en femme pour sortir le soir.

Turdi/Evie raconte que Barack n'a certainement jamais été au courant du fait qu'il était transgenre. «Il était tellement jeune, confie-t-il. Et je ne l'ai jamais laissé me voir avec des habits de femme. Mais il m'a vu quelques fois essayer le rouge à lèvres de sa mère. Ça le faisait mourir de rire

Quand la famille de Barack quitte le pays en 1971, Evie ne retrouve pas un travail similaire, et finit par se prostituer, pour manger et se loger. «Les soldats du dictateur de l'époque, Suharto, raconte l'Australian Times, rassemblaient les transgenres pour les battre.»  C'est comme ça qu'en 1985, après une course-poursuite avec la police, une de ses amies est retrouvée morte et défigurée. Evie décide alors, bien que toujours certain d'être une femme, qu'il ne veut plus supporter les violences et le harcèlement, il commence alors à vivre «comme un homme», sous son prénom d'homme, Turdi.

Il n'a appris que le garçon qu'il avait aidé à élever était devenu président des Etats-Unis qu'en voyant sa photo à la télévision et dans des journaux locaux, en 2008.

D'après Associated Press, les activistes indonésiens estiment à 7 millions le nombre de transexuels sur les 240 millions d'habitants que compte l'archipel. Confrontés à une population très fortement musulmane qui condamne la transexualité, de nombreux transgenres se tournent vers la prostitution, dans laquelle ils trouvent un moyen de vivre avec leur «vrai» genre. Chaque année, la Commission indonésienne pour les droits de l'homme reçoit environ 1.000 signalements de violences, qui peuvent aller du viol au meutre.

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