Monde

L'intégration, sujet polémique en Allemagne aussi

Slate.fr, mis à jour le 03.03.2012 à 9 h 49

A Berlin en 2009 / Libertinus via FlickrCC License by

A Berlin en 2009 / Libertinus via FlickrCC License by

Pas encore publiée qu'elle fait déjà débat. Les chercheurs allemands qui ont mené une vaste étude sur l'intégration des jeunes musulmans en Allemagne pour le compte du ministère de l'Intérieur sont décontenancés, rapporte le Zeit, après qu'une partie de leurs résultats a été publiée «en exclusivité» mercredi, la veille de leur publication officielle, dans le quotidien de boulevard Bild.

«20% des mulsulmans qui vivent en Allemagne refusent de s'intégrer. Les jeunes musulmans qui n'ont pas la nationalité allemande sont particulièrement radicaux», écrit le Bild, sur le ton sensationnaliste qui lui est cher, avec un choix de photo des plus éloquents: un portrait de jeune musulman en capuche, le visage aux trois-quarts masqué par un keffieh...

Le journal donne ensuite la parole au ministre de l'Intérieur, Hans-Peter Friedrich (CSU), commanditaire de l'étude:

«L'Allemagne respecte les origines et l'identité culturelle de ses immigrés. Mais nous n'acceptons pas que des points de vue autoritaires, antidémocratiques et fanatiques religieux soient importés. Celui qui se bat contre la liberté et la démocratie n'a pas d'avenir ici –c'est le devoir de chacun de le faire comprendre.»

Une vision que le chef de cette étude de 700 pages, Wolfgang Frindte, interrogé par le Zeit, trouve simpliste: «Il s'agit d'un petit détail qui a été mis en avant», estime le chercheur en communication, qui considère que les résultats de l'étude ne peuvent pas être résumés par un titre croustillant.

Un des principaux enseignements de cette recherche, indique le Zeit, est au contraire que la plupart des musulmans se sentent bien en Allemagne. Ceux qui y sont nés s'identifient particulièrement à la république fédérale, tout en ayant à la fois un lien fort avec la culture de leur pays d'origine.

Le quotidien de gauche Taz estime que l'étude est devenue un ballon que se renvoient les politiques, et donne la parole aux partis de l'opposition tout comme de la coalition qui se sont élevés contre la déclaration du ministre de l'Intérieur. A l'instar de Serkan Tören, porte-parole du parti libéral FDP, qui s'étonne que «le ministère de l'Intérieur utilise les recettes fiscales pour financer une étude qui génère des unes dans les journaux, mais aucun résultat».

Partant du constat que les musulmans qui ont la nationalité allemande s'identifient plus avec le pays, le Spiegel se veut positif et pragmatique: dans un éditorial, l'hebdomadaire propose de rendre plus facile l'accès à la nationalité allemande pour les étrangers nés sur le sol allemand, le droit du sol n'existant pas en Allemagne:

«Ce serait plus qu'un geste, ce serait une invitation sérieuse, solidement reliée dans de la toile rouge. Pas de table ronde, pas de dialogue autour de l'intégration, pas de journée portes ouvertes, mais quelque chose de concret, que les jeunes musulmans du pays ne doivent pas prendre pour une diversion.»

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