Culture

Someone Like You d'Adele fait pleurer, et alors?

Temps de lecture : 2 min

Adele (Someone like you) / AlexKormisPS (ALM) via Flickr CC License by
Adele (Someone like you) / AlexKormisPS (ALM) via Flickr CC License by

En février, le Wall Street Journal avait tenté d'expliquer études scientifiques à l'appui pourquoi Someone Like You de Adele, chanson la plus vendue de l'année 2011 au Royaume-Uni (4e en France, Rolling in the Deep se classant 2e, PDF), faisait autant pleurer les foules.

Nous vous avions ainsi expliqué quelques-unes des raisons avancées dans l'article, comme «l’entrée abrupte d’une nouvelle voix» (instrument, mélodie).

Des théories fondées sur une étude menée il y a vingt ans par le psychologue britannique John Sloboda, mais remises aujourd'hui en question par Isaac Schankler, musicien, qui nous explique sur Newmusicbox que les conclusions tirées par l'auteur de l'article du WSJ sont erronnées.

Alors oui, Someone Like You fait peut-être pleurer, mais écrire une bonne chanson larmoyante ne saurait reposer sur l'application de quelques formules simples, aspect le plus choquant de l'article selon Schankler, qui rappelle que la musique n'est pas simplement «une science de la manipulation émotionnelle par le son».

Parmi les inexactitudes relevées par Isaac Schankler, on trouve le fait que les participants à l'étude de Sloboda devaient identifier les passages qui causaient chez eux une réaction émotionnelle... Ce qui ne nous dit pas combien de passages ne contenant pas les harmonies supposées tire-larme ont été ignorés par les sujets.

Or, ces harmonies, les appoggiatures, sont tellement fréquentes dans la musique occidentale qu'il est certain que des passages similaires n'ont pas causé de réaction. En outre, l'étude de départ accorde beaucoup d'importance aux frissons causés par «des changements soudains d'harmonie ou de texture». Le problème, explique Schankler, c'est que les frissons n'ont généralement rien à voir avec les larmes.

Il souligne également le fait que toutes les personnes écoutant une même chanson n'auront pas forcément la même réaction.

«Cela indique qu'il y a quelque chose de plus complexe qu'une réaction biologique solidement établie (...): un réseau de facteurs culturels et personnels. Pour faire simple, cela nous montre que nos réponses émotionnelles face à la musiques sont apprises.»

Concrètement, des personnes à l'âge ou à l'univers musical différent n'auront pas la même réaction en écoutant une même chanson. Un détail souligné dans l'étude de Sloboda, mais oublié dans l'article du Wall Street Journal.

Isaac Schlanker souligne finalement que peu importe de savoir ce qui fait ou non pleurer dans une chanson, et rappelle que la musique n'a pas besoin de causer des larmes ou des frissons pour avoir un intérêt. Alors oui, Someone Like You fait pleurer, mais quelle importance?

Newsletters

«Le Coup d'état d'urgence», ou comment la France a fait du citoyen un «sujet virus»

«Le Coup d'état d'urgence», ou comment la France a fait du citoyen un «sujet virus»

Nous publions les bonnes feuilles du nouvel ouvrage de l'avocat pénaliste Arié Alimi, qui revient sur le premier état d'urgence sanitaire de l'histoire de France.

Six livres méconnus de Roald Dahl

Six livres méconnus de Roald Dahl

Considérés comme des classiques, «Charlie et la chocolaterie» ou «Matilda» sont souvent réédités et adaptés au cinéma. Mais l'œuvre de l'écrivain jeunesse ne s'arrête pas là.

«Mourir d'aimer», la prof et la ligne blanche

«Mourir d'aimer», la prof et la ligne blanche

Le film d'André Cayatte, sorti il y a cinquante ans, retraçait la trajectoire de Gabrielle Russier, professeure condamnée pour avoir entamé une liaison avec l'un de ses élèves.

Newsletters