Monde

Syrie: les options américaines

Slate.fr, mis à jour le 24.02.2012 à 11 h 06

Chars syriens de fabrication russe réprimant la révolte. REUTERS

Chars syriens de fabrication russe réprimant la révolte. REUTERS

Plus de soixante pays se réunissent, vendredi 24 février, à Tunis pour tenter de venir en aide aux opposants syriens sauvagement réprimés par le régime de Bachar al-Assad. Organisée par la Ligue arabe, cette conférence internationale réunit tous les pays arabes et occidentaux impliqués dans le dossier, ainsi que les différentes composantes de l'opposition syrienne. Les uns et les autres auraient l'intention d'ouvrir des couloirs humanitaires vers les villes syriennes assiégées et de mettre en demeure le régime de Bachar al-Assad d'accepter un cessez-le-feu dans les 48 heures. Dans le même temps, plusieurs pays arabes ont commencé à fournir des armes aux opposants.

Tandis que la violence ne cesse de grandir en Syrie, que des journalistes étrangers sont délibérément visés et tués pour ne pas pouvoir témoigner du martyr de la ville de Homs bombardée depuis 20 jours, le débat prend de l'ampleur aux Etats-Unis sur les options à la disposition de l'administration américaine et de ses alliés européens et arabes. Un des think tank américains les plus réputés, le Council of Foreign Relations (Conseil des relations internationales), a sollicité quatre experts dont les avis sont très divergents sur les risques liés à soutenir militairement les opposants.

«Le régime Assad n'est plus légitime»

Pour Elliott Abrams, spécialiste du Moyen-Orient du Council of Foreign Relations, la seule option efficace si la Communauté internationale veut réellement agir consiste à armer et financer les forces d'opposition syriennes avec pour objectif clair la chute du régime de Bachar al-Assad.

«Le régime de Assad est vicieux et oppresseur et au cours de l'année écoulée a tué plus de 6.000 opposants. Il n'a pas de légitimité et conserve le pouvoir par la seule force. C'est aussi le seul allié arabe de l'Iran, le fournisseur d'armes du Hezbollah libanais et un ennemi des Etats-Unis qui a beaucoup œuvré pour envoyer en Irak des adeptes du djihad pour tuer des soldats américains. Donc la chute du régime doit être un objectif politique américain et nous aurons un considérable soutien arabe et européen, pour cela… Nous devons considérer qu'une victoire d'Assad (ou peut-être devrions nous dire une victoire de Assad, de la Russie, de la Chine, de l'Iran et du Hezbollah) est inacceptable. Nous devons éviter la fausse équivalence morale qui consiste à dire: “Il ne faut pas armer n'importe qui et seulement appeler à un cessez le feu”… Le mouvement d'opposition a commencé pacifiquement et a subi une répression sanglante par le régime. Il chercher juste maintenant à se défendre et à riposter…»

Eviter un éclatement de la Syrie

Les trois autres experts interrogés, Robert M. Danin, Ed Husain et Micah Zenko, sont plus circonspects et mettent en garde contre les dangers d'armer des forces d'opposition qui n'ont aucune unité et aucune cohérence.

Robert M. Danin, expert de la Fondation Enrico Mattei, recommande de renforcer avant tout la coalition dite des «Amis de la Syrie», en y impliquant plus la Turquie et la Ligue Arabe, qui fournit une légitimité régionale et un front international.

«Le temps est compté, la violence continue signifie plus de vies perdues et un risque grandissant d'éclatement de la Syrie. L'affaiblissement du pouvoir syrien a déjà débouché sur des attentats d'al-Qaida, des infiltrations de djihadistes armés venus d'Irak et un flot d'armes iraniennes et du hezbollah et sans doute de combattants. La guerre civile augmente dramatiquement les chances de voir la violence gagner les pays voisins: Jordanie, Liban, Turquie et Israël et accroît les risques de voir des systèmes portables anti-aérien et des armes de destruction massives syriennes tomber dans de mauvaises mains… Armer l'armée syrienne libre et d'autres groupes d'opposition peut éventuellement contribuer à chasser Assad mais acrroît le risque d'un éclatement du pays et d'un Etat défaillant…»

Attention aux conséquences régionales

Pour Ed Husain, du Council of Foreign Relations, la situation incertaine et instable en Syrie ne doit pas faire perdre de vue les priorités régionales que sont les menaces iraniennes, la radicalisation et l'augmentation d'un sentiment anti-américain virulent au Pakistan, la fragilité politique et sociale en Arabie saoudite, l'instabilité grandissante en Egypte, l'incertitude au Yémen et maintenant l'apparition de cadres d'al-Qaida en Syrie. Cela signifie que «premièrement et compte tenu des autres priorités régionales, les Etats-Unis ne doivent pas s'impliquer dans le conflit syrien. Laissons les Européens mener… Deuxièmement, l'opposition syrienne est un mélange hétéroclite de rebelles disparates. Ils n'ont pas d'autre choix que celui d'une résistance passive et pacifique. Ils manquent désespérément de visions politique, de formation et de direction…»

«Assad a seulement déployé une petite partie de ses moyens militaires»

Micah Zenko, du Centre de prévention des conflits, est encore plus affirmatif. «Les Etats-Unis ne doivent pas soutenir une faction armée au détriment de la vaste majorité des Syriens qui protestent bravement de façon pacifique. L'artillerie et les chars, les mortiers et les snipers tuent des civils syriens et des opposants armés, mais Assad n'a seulement déployé qu'une petite partie de ses troupes et de ses armes… L'aviation syrienne n'a pas effectué de bombardemenrts depuus juin 2011. Dans ce contexte, fournir des armes lègères et de l'équipement à l'opposition va sans doute seulement amener le régime d'Assad à intensifier les brutalités et mener une guerre civile ouverte…»

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