France

Le modèle marseillais, avenir de l'Europe?

Slate.fr, mis à jour le 21.02.2012 à 15 h 09

Marseille - Saint Lambert - Plage des Catalans / Patrick Nouhailler via Flickr CC Licence By

Marseille - Saint Lambert - Plage des CatalansPatrick Nouhailler via Flickr CC Licence By

Le modèle multiculturel marseillais offre-t-il une vision de ce que sera l’Europe dans le futur? Aujourd'hui l’immigration qui s’installe à Marseille est majoritairement d’origine musulmane:

«Si on écoutait les politiciens d’extrême droite, on pourrait penser que cette vague d’immigration signifie, inévitablement, qu'une attaque de puritanisme islamique viendra remettre en cause le mode de vie européen et forcer toute femme à s’habiller à la mode talibane, explique le journaliste du National Geographic. Mais ensuite, vous réalisez que la plupart des hommes et femmes qui se bousculent autour de vous sur les plages marseillaises sont d’origine africaine ou arabe, et que les jeunes femmes portent des bikinis, pas des burkas.»

Alors que beaucoup de pays européens deviennent des nations d’immigrés, Marseille pourrait être un modèle de multiculturalisme. Non pas que cet équilibre soit facile à maintenir: le racisme et le communautarisme en témoignent, rappelle l’article.

«En tant que port, Marseille a toujours accueilli des populations étrangères: la cité est composée des strates successives formées par les vagues d’immigration», rappelle le maire UMP Jean-Claude Gaudin. Les Arméniens échappant au génocide turc après 1915, les Italiens fuyant le fascisme dans les années 1930. Une immigration juive d’Afrique du Nord après la Seconde Guerre mondiale. Et après 1962, des dizaines de milliers de pieds-noirs.

Au même moment, après la décolonisation de l’Afrique noire, et l’indépendance des pays du Maghreb, Marseille s'est également peuplée de personnes «issues de l’immigration», selon l’euphémisme en vigueur. «C’est-à-dire que souvent les grand-parents étaient en Algérie, les parents sont venus ici, et les petits-enfants sont Français avec un nom de famille arabe», explique Gaudin. Des Français, donc, mais encore perçus comme d'origine étrangère. 

Bien sûr, le maire ne sait pas précisément quelle est la proportion de ces Marseillais «issus de l’immigration», pas plus qu’on ne connaît le chiffre de ceux qui sont de culture musulmane: la tradition républicaine française interdisant de tels recensements statistiques. On cite souvent le chiffre de 250.000 musulmans, soit un quart de la population marseillaise. 

Une des inquiétudes concerne non pas la caricature –la talibanisation supposée de Marseille– mais plutôt l'attrait de l'islam sur les catégories populaires de la ville, selon un membre du Crif local. Témoin des difficultés que traverse la ville pour construire son modèle multiculturel, la bataille juridique autour de la Grande Mosquée de Marseille, un projet annoncé par Gaudin en 2001 et dont la première pierre a été posée... en 2010. 

Cette mosquée serait ornée d’un minaret qui dominerait la ville, un privilège longtemps réservé à la basilique de Notre-Dame-de-la-Garde… Et Le Figaro rappelait en octobre dernier que le tribunal administratif de Marseille avait annulé le permis de construire de la mosquée: dernier épisode d'une suite de procédures lancées par le FN et des associations de commerçants: «18 mois après la pose de la première pierre, aucun autre coup de pioche n'a eu lieu, et le projet est de nouveau stoppé.»

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