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Si les Grecs sont en faillite, c'est parce qu'ils parlent grec?

Slate.fr, mis à jour le 08.02.2012 à 10 h 14

Antique greek alphabet. GeoNando via Flickr CC Licence by

Antique greek alphabet. GeoNando via Flickr CC Licence by

Le langage détermine-t-il notre perception de l'avenir et la manière dont on s'y prépare? Nos comportements ont été décortiqués et expliqués par la sociologie, l’histoire, l'économie ou encore la biologie. Mais pour Keith Chen, professeur d’économie à Yale, notre grammaire joue un rôle tout aussi important dans nos décisions.

Dans une étude publiée début janvier et reprise par le site Bigthink, il met en évidence l’influence de la syntaxe sur des comportements aussi divers que la tendance à épargner, les habitudes liées à la santé ou la manière dont on prévoit sa retraite.

D’après Keith Chen, les langues effectuant une forte distinction entre présent et futur («strong FTR languages»), comme l’anglais ou le grec, conduisent les individus à prendre moins de décisions concernant l’avenir. A l’inverse des langues dans lesquelles la distinction entre aujourd’hui et demain n’est pas grammaticalement forte («weak FTR languages»), comme le mandarin ou l’allemand, amènent leurs locuteurs à se montrer beaucoup plus prévoyant.

Ainsi la phrase «je vais à un séminaire» se dit en anglais «I am going to a seminar». Le fait que l’action se passera dans le futur est indiqué par l’utilisation du gérondif («ing» à la fin du verbe). La même phrase en Mandarin ne fournit pas cette information. Elle indique l’action d’aller à un séminaire, sans préciser le moment de cette action. Le temps est marqué par le contexte dans lequel la phrase est prononcée.

La théorie de Chen était que les langages qui brouillent la distinction présent/futur tendent à favoriser les comportements orientés vers le futur. Dans la mesure où «le futur est vécu de la même manière que le présent», un Chinois sera en principe plus prudent vis-à-vis de ses économies.

Pour vérifier cette hypothèse Keith Chen a utilisé des données concernant l’épargne, la tendance à fumer ou encore l’équilibre alimentaire, c’est-à-dire «les comportements qui sacrifient le futur pour des plaisirs présents». Le résultat confirme son intuition de départ.

Ainsi la probabilité que des personnes qui parlent allemand, finnois ou estonien mettent de l’argent de côté au cours d’une année donnée est 30% supérieure que pour des personnes dont la langue est l’anglais, l’espagnol ou le grec. Les premiers placeraient en moyenne 170.000 euros de plus que les seconds pour leur retraite, et ont 13% de chance de moins d’être obèses.

L’étude de Chen, a cependant été contestée avant même d’être publiée par John McWhorter, un autre linguiste. Selon lui l’analyse porte sur «un nombre trop élevé de langages, sans en connaître suffisamment le fonctionnement réel».

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