Economie

Comment sauver une nouvelle fois le capitalisme?

Slate.fr, mis à jour le 25.01.2012 à 11 h 24

A la Puerta del Sol à Madrid le 24 juillet Susana Vera / Reuters

A la Puerta del Sol à Madrid le 24 juillet Susana Vera / Reuters

Au moment où s'ouvre la grand-messe annuelle du capitalisme à Davos, le magazine Time dresse un tableau très sombre du système économique mondial et affirme que sans profonde réforme le capitalisme est en danger car il s'aliène les peuples partout sur la planète.

«Tandis que la crise économique mondiale entre dans sa quatrième année, tout ceux qui pouvaient être blâmés l'ont été. Les banquiers irresponsables. Les dirigeants d'entreprises avides. Les régulateurs incompétents. Les politiques incapables d'agir. Les travailleurs chinois sous-payés. Les travailleurs grecs sur-payés. George W. Bush. Ben Bernanke. Angela Merkel. Les agences de notation…» Et maintenant le capitalisme lui-même.

Time souligne que c'est logique. Le capitalisme est incapable aujourd'hui d'apporter ce qu'il est sensé offrir: récompenser le mérite, donner des opportunités et rémunérer le travail et le talent. Au contraire, depuis 2008, le capitalisme a tourné le dos à la méritocratie et bénéficie seulement aux privilégiés.

«L'écart entre les riches et les pauvres s'est élargi partout. Dans un rapport de 2011, l'OCDE souligne que les inégalités de revenus dans les 22 pays étudiés ont augmenté de 10% en moyenne depuis le milieu des années 1980 et que la situation s'est dégradée dans 17 pays. Le libre-échange a conduit à une mondialisation qui a forgé un marché du travail international qui met en concurrence directe les étudiants américains et indiens et met sur la touche ceux qui ne peuvent pas lutter.»

Alors bien sûr, le capitalisme n'en est pas à sa première crise. L'immoralité et la brutalité du système sont dénoncées depuis le XIXe siècle. Pour autant, le capitalisme a vaincu le communisme et inclut dans son orbite à peu près toute la planète. Son secret, c'est un système dynamique. Comme la vie, il s'adapte, encore et toujours. Et la question aujourd'hui n'est pas «s'il doit être réformé, mais comment… Les souffrances de la grande dépression ont donné naissance au mouvement pour rendre le capitalisme plus juste et plus stable avec une plus grande protection et régulation des gouvernements. Le New Deal aux Etats-Unis et l'Etat providence en Europe. La stagflation des années 1970 a conduit le capitalisme vers plus d'innovation et de productivité».

Comme au lendemain de la crise des années 1930, Time suggère que le balancier revienne vers un plus grand contrôle des excès. Il faut rétablir ce que la mondialisation a effacé, retrouver un équilibre des pouvoirs économiques et politiques et rendre les dirigeants des banques et des entreprises responsables. Les risques pris jamais sanctionnés et les rémunérations pharaoniques injustifiées «détruisent la justification morale de l'existence d'un système capitaliste construit sur le mérite».

Des idées qui sont proches de celles mises en avant par l'éditorialiste pourtant conservateur du New York Times David Brooks, qui appelle à la naissance d'un concept qui nous rappelle quelque chose en France: le «free market socialism» (le socialisme de marché). Il s'appuit sur le récit extraordinaire dans le magazine The Atlantic de la vie de Maddie Parlier, jeune femme orpheline qui élève seule un enfant, a du courage, du talent et survit de petit boulot en petit boulot. Il souligne le lien étroit entre les évolutions macro-économiques, la mondialisation, et les conséquences sociales pour une personne comme Maddie qui n'a pas eu accès à la formation et l'éducation qui lui permettraient d'avoir une toute autre vie. Un immense gâchis qui comme des millions d'autres coûte très cher à l'économie et à la société américaine et qui est de la responsabilité des gouvernements.

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