Economie

Des mémos montrent les hésitations d'Obama sur la relance de l'économie

Slate.fr, mis à jour le 24.01.2012 à 18 h 38

Barack and Michelle Obama on election night. John Althouse Cohen via Flickr CC License by.

Barack and Michelle Obama on election night. John Althouse Cohen via Flickr CC License by.

C’est une longue et complexe histoire que raconte Ryan Lizza, correspondant du New Yorker à Washington. Le journaliste s’appuie sur plusieurs mémos rédigés à l’attention de Barack Obama au début de son mandat, rendus publics pour la première fois par le magazine.

Décrivant le passage «de l’idéalisme au pragmatisme» de Barack Obama, Lizza insiste surtout sur un mémo rédigé par l’économiste Lawrence Summers, envoyé à Barack Obama en décembre 2008, soit juste avant son investiture. Les effets de la récession commencent alors à se faire durement ressentir et toute la question est alors de déterminer quelle doit être la réaction du gouvernement, qui cherche à lancer un plan de relance massif.

Le document de 57 pages, «classé confidentiel», représente selon l'auteur «l’esprit originel de la politique économique» de Barack Obama. Une sorte de guide pour le président fraîchement élu qui permet de mieux comprendre comment ses premières (et cruciales) décisions ont été prises.

Le document insiste sur l’importance de la crise et met en garde Barack Obama. «Les perspectives économiques sont très mauvaises et se détériorent rapidement», explique le mémo, ajoutant que les Etats-Unis ont déjà perdu 2 millions d’emplois cette année-là et qu’ils risquent d’en perdre 4 millions d’autres sans une intervention du gouvernement. Il avertit également le nouveau président sur l’état très dégradé des finances américaines.

Intervenir pour contrer les effets de la crise tout en évitant de creuser le déficit: le débat est déjà posé en ces termes. De fait, le mémo est surtout le résultat d’un consensus entre les différents conseillers économiques de la Maison Blanche. On retrouve ici deux acteurs principaux: Christina Romer, présidente du Council of Economic Advisers, qui prône un plan de rlance de 800 milliards de dollars, et Peter Orszag, le directeur du Budget, qui insiste sur la nécessité de revenir sur certaines promesses afin de réduire le déficit.

Si ce mémo fait aujourd’hui débat, c’est qu’il prône alors un plan de 600 milliards de dollars. Summers explique en effet qu’une somme plus élevée risquerait «d’effrayer les marchés et le public et de s’avérer contre-productive». En clair: les taux des emprunts américains risqueraient de s’envoler en cas de dépenses trop élevées. Une erreur d’appréciation selon Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008:

«Ce que je retiens de ce mémo, c’est qu’il ne colle pas du tout avec l’explication actuelle que l’administration donne pour justifier la taille inadéquate du plan de relance, qui est qu’elle savait qu’il devait être plus élevé, mais qu’elle devait faire face à la réalité politique ».

En février 2009 l’administration Obama avait finalement proposé un plan de 900 milliards de dollars, que le Sénat avait ensuite réduit à 700 milliards environ. Un plan jugé insuffisant par la suite. Avait-elle bien pris la mesure de la crise économique? Toujours est-il que ce document vient remettre en cause les premières décisions du président américain à quelques mois de la prochaine échéance électorale.

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