Culture

A Berlin, les quatre vies du plus vieux studio de cinéma du monde

Slate.fr, mis à jour le 18.01.2012 à 19 h 28

S-Bahnof Babelsberg. gillyberlin via Flickr CC License by

S-Bahnof Babelsberg. gillyberlin via Flickr CC License by

A une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Berlin, il existe un lieu mythique où les rebondissements de l’histoire mondiale se sont imprimés aussi nettement que dans la capitale allemande. C’est le studio de Babelsberg, le plus vieux du monde, le temple d’or du cinéma muet et de l’expressionnisme allemand, qui fête cette année ses cent ans d'existence. C’est même une date très précise que l’on célèbrera, lit-on dans la Süddeutsche Zeitung:

«Le  12 février 1912 eut lieu le tout premier jour de tournage. Le film, dont le titre Der Totentanz (La Danse des morts), n’était pas particulièrement visionnaire, avait en revanche comme premier rôle une star annoncée: la Danoise Asta Nielsen. Ce "drame en mimique en trois actes" traitait d’amour, de passion, d’intrigues et de catastrophes, bref de tout ce que le public voulait voir à cette époque.»

Après la Première Guerre mondiale, les studios abritent les plus grands tournages de l’époque. C’est là que, jusqu’au début des années 30, Murnau, Fritz Lang, Ludwig Berger, Ernst Lubitsch tournent leurs grands classiques.  Mais en 1933, l’arrivée des nazis fait tourner le vent. Les employés juifs doivent partir sur le champ. RBB, la radio-télévision publique régionale de Berlin, dont de nombreux locaux sont  d’ailleurs implantés sur le site de Babelsberg, revient sur cette période sombre :

«Le régime, qui a produit quelques cent films sur place, a corrompu de nombreux comédiens grâce à des contrats d’exclusivité et des cachets élevés. Les acteurs se sont alors mis au service d’un divertissement fade ou d’une ignoble propagande. Et cet aspect restera pour toujours la souillure de Babelsberg.»

Les nazis tournent à Babelsberg jusqu’aux derniers instants. En 1992, le Spiegel consacrait un article au tournage du film Das Leben geht weiter (La Vie continue), qui débuta alors que les Russes étaient aux portes de Berlin :

«Ce projet fut initié par le ministre Goebbels lui-même. Il devait montrer encore une fois les images d’un monde émerveillé, mais aussi quelles merveilles l’industrie cinématographique allemande était capable de produire, même dans les pires conditions.»

A la fin de la guerre, les studios de Babelsberg passent sous le joug communiste. En 1962, le lieu fête ses cinquante ans sans grande pompe: cette année-là, le mur est construit tout autour de Berlin-ouest, ce qui oblige certains employés à faire de grands détours pour atteindre leur lieu de travail… Et alors que les Américains étaient persuadés que le joug communiste mettrait la production cinématographique allemande entre parenthèses pour un bon bout de temps, Babelsberg tourne à plein régime, relate RBB:

«Jusqu’à la chute du bloc soviétique et le rachat de Babelsberg en 1992, 700 films sortirent des studios. La DEFA, la société 100% communiste qui gérait les studios, employait des milliers d’employés et suivait une économie planifiée.»

La réunification de l’Allemagne inaugure la quatrième vie de Babelsberg. Rachat des studios par la Compagnie générale des eaux, modernisation, haute technicité, diversification: on y installe un parc d’attractions, des bureaux, une école de cinéma. Les idéologies ont disparu et laissent place à un nouveau défi: remplir le carnet de commandes.

Si le soap quotidien Gute Zeiten, Schlechte Zeiten y a élu domicile, on ne retient que quelques productions notoires comme Le Pianiste ou Inglourious Basterds. N’empêche, conclut la Süddeustche Zeitung, il est toujours frappant de se repencher sur le caractère universel et total de cette «fabrique à rêve»:

«Ce sont 2.000 films en cent ans, c’est de l’imagination, de l’artisanat, de la politique, de l’art, du divertissement. C’est un lieu de l’histoire allemande et de l’histoire internationale du cinéma.»

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