Culture

Le dernier souffle du rock indé

Slate.fr, mis à jour le 17.01.2012 à 18 h 35

Record Store Day @ Rough Trade East 09   / Hikkers via Flickr CC License By

Record Store Day @ Rough Trade East 09   / Hikkers via Flickr CC License By

Sommes-nous en train d'assister, comme le prédit Dorian Lynskey du Guardian, à la mort lente et douloureuse du rock indé?

Après être devenue la nouvelle pop et avoir survécu, aux alentours de 2006 au débarquement des groupes de «landfill indie» (jeunes gens à guitare influencés par leurs aînés plus agressifs -c'est dire!- des Strokes ou des Libertines), le rock indé semble en effet avoir atteint un plafond de verre dans les ventes.

En décembre, le journaliste Eric Harvey avait compilé sur son blog le nombre d'albums vendus aux Etats-Unis par chacun des 50 artistes du Top 50 2011 de Pitchfork. Sur les cinq artistes à avoir vendu plus de 100.000 albums (disque d'or), seuls deux sont des indépendants. Et en analysant le top 40 de son quotidien, Dorian Lynskey constate que seuls six indépendants ont atteint la barre des 100.000 exemplaires vendus dans le pays (Bon Iver, Fleet Foxes, Noah and the Whale, PJ Harvey, Radiohead, Laura Marling).

Si en matière de pop, les tendances sont bien cycliques et que nous assistons simplement à l'explosion de la bulle spéculative de l'indé des années 2000 (après le grunge et la britpop), on devrait pouvoir s'attendre à l'arrivée d'un coup énorme comme celui provoqué par les Strokes en 2001. Mais rien ne vient, et festivals et presse musicale continuent à se reposer sur les mêmes groupes que dans les années 80 et 90.

Dorian Lynskey cite par exemple les couvertures du NME de l'année 2011. 8 couvertures étaient «à thème» ou représentaient plusieurs artistes, 10 mettaient à l'honneur groupes séparés ou des artistes morts, 12 des artistes des années 80 ou du début des années 90, et 10 des groupes qui présentaient leur 4e ou 5e album. Et sur les 11 couvertures dédiées à des artistes relativement nouveaux, seulement 4 indépendants qui ont atteint les 100.000 exemplaires vendus ou sont en passe de les atteindre.

L'étiquette «indépendant» reste néanmoins un argument de vente pour de nombreux groupes, au-delà d'une simple définition économique (les barrières sont de plus en plus floues: un groupe signé dans un label indépendant peut très bien être distribué par un major).

Mais comme l'explique Tim Potocic du label indé Sonic Unyon Records, interviewé en décembre par le National Post, la définition même de groupe indé a changé. On associait auparavant aux musiciens indé une certaine éthique, et une philosophie de l'indépendance. Aujourd'hui, «si vous signé chez un major vous êtes un artiste de major. Si vous signez chez n'importe qui d'autre, vous êtes indé».  

Si elle se confirmait, cette perte d'engouement significative pourrait s'avérer problématique pour de nombreux labels indépendants, qui comptent sur les gros succès sur pour financer des groupes plus confidentiels, garantissant ainsi la variété du secteur. 

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