Economie

Allemagne: derrière les (bons) chiffres du chômage

Slate.fr, mis à jour le 12.01.2012 à 14 h 47

A Cologne en septembre 2009, REUTERS/Arnd Wiegmann

A Cologne en septembre 2009, REUTERS/Arnd Wiegmann

En 20 ans, il n’avait jamais été aussi bas. En France, on dit souvent cela du moral de la population. En Allemagne, cette même phrase désigne le taux de chômage. En effet, l’agence fédérale de l’emploi annonçait il y a peu que l’Allemagne recense actuellement 2,9 millions chômeurs, soit le même nombre qu’en 1991. Une évolution directement liée au contexte économique, a commenté Frank-Jürgen Weise, directeur de l’agence pour l’emploi, auprès du Hamburger Abendblatt:

«Après l’année de crise de 2009, et le redressement économique de 2010, la stimulation s’est confirmée en 2011, ce dont a profité le marché du travail.»

Le chômage allemand est deux fois moins élevé que la moyenne européenne. Le quotidien ne se prive donc pas d’une petite auto-congratulation:

«Cela montre bien combien les défis monétaires, politiques et financiers que s’est lancés le marché de l’emploi ces dernières années ont largement été relevés.»

Franck-Jürgen Weise et le Hamburger Abendblatt ne sont pas les seuls à revenir fièrement sur cette «bonne année». Le gouvernement a saisi l’occasion de mettre en avant un bilan flatteur, relate le Tagesspiegel:

«Pendant que la ministre du Travail Ursula Van der Leyen (CDU) rappelait que le marché du travail allemand était doté d’une solide constitution, le ministre de l’Economie Philipp Rösler a évoqué 2011 comme la meilleure année depuis la réunification du point de vue de l’emploi.»

Enfin, l’organisation patronale n’a pas oublié de se féliciter, lit-on un peu plus loin:

«Ces succès  n’auraient pas été possibles sans une politique tarifaire différenciée et centrée sur la productivité. Si la crise de la dette venait à se stabiliser, cette reprise pourrait se poursuivre en 2012.»

Face à cet envoi collectif de fleurs, l’opposition et les syndicats ont tenu à rappeler les lacunes notables de ce bilan mathématiquement rutilant. Henrik Mortsiefer, dans le Tagesspiegel, cite notamment Claus Matecki, dirigeant de la confédération syndicale DGB:

«C’est mieux que prévu, mais il n’y pas quoi se réjouir. La nécessité d’agir sur le marché de l’emploi est bien plus intense que ce que laissent penser les chiffres. Les statistiques sont une vaste farce: on ôte des chiffres les quelque 100.000 chômeurs de plus de 58 ans, bénéficiaires de l’aide sociale Hartz IV, tout simplement parce qu’ils ne reçoivent plus d’offres d’emploi.»

Le plan Hartz IV, en vigueur depuis 2005, portait sur l’indemnisation de chômage: calcul de l’allocation en fonction du salaire passé, réduction de la durée d’indemnisation du chômage à douze mois, allocation forfaitaire après expiration de ces douze mois, et obligation d’accepter les offres proposées par les agences. A ce sujet, Bruno Amable, professeur d’économie à La Sorbonne, confiait l’an passé à Libération:

«Presque tous les emplois sont considérés comme acceptables, jusqu’aux travaux d’utilité publique payés un euro de l’heure (les “jobs à 1 euro”) en passant par les “minijobs” payés 400 euros par mois.»

Conclusion, titre le Süddeutsche Zeitung, «la riche Allemagne a les chômeurs les plus pauvres». Holger Bonin, du centre de recherche sur l’économie européenne, explique:

«Les chiffres du chômage ont beaucoup baissé. Mais quand de plus en plus de gens retrouvent du travail, alors ce sont les cas les plus problématiques qui s’installent dans le chômage. C’est souvent une combinaison entre faible qualification, une faible expérience professionnelle et des problèmes de santé. Cela mène au chômage de longue durée et à la pauvreté.»

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