Monde

En Egypte, les salafistes ne veulent pas de cimetières mixtes

Temps de lecture : 2 min

Egypt O41. SincereStock via Flickr CC License by
Egypt O41. SincereStock via Flickr CC License by

Jusque dans la tombe, dans les cimetières, les salafistes égyptiens prônent la séparation des sexes: ils «appellent à ce que les femmes et les hommes soient enterrés dans des endroits séparés», selon Egypt Independent.

Après leur premier succès inattendu aux élections en décembre (24% des suffrages), les salafistes multiplient les déclarations jugées inquiétantes par la population laïque. Un de leurs députés réclame l’application des lois islamiques au système bancaire, c’est-à-dire l’interdiction des «investissements dans les alcools, les jeux d’argent ou tout autre chose qui serait interdit par l’islam». Egalement dans le collimateur salafiste: la vente d’alcool et les tenues des femmes sur les plages. Résultat:

«Les banquiers et les guides touristiques ne dorment plus de la nuit en pensant aux conséquences qu’aurait un Etat islamiste.»

Le secteur touristique serait le secteur le plus touché. Il emploie environ 12% de la population et «c’est la première source de devises du pays, 14 milliards de dollars en 2010», rapporte Le Point. «Les salafistes veulent même interdire les visites de sites archéologiques où les statues sont nues!», s'indigne un professionnel du tourisme venu manifester en décembre avec d’autres au pied des Pyramides, pour tirer la sonnette d’alarme.

Mounir Fakhri Abdel-Nour, le ministre du Tourisme, s’inquiète également des répercussions possibles: déjà «la chute des recettes touristiques, environ 2 milliards et demi de dollars de janvier à fin mai, a contribué à la baisse des avoirs en devises de l'Égypte, qui sont passés depuis la révolution de 36 à 20 milliards de dollars».

Si les hommes ne sont pas complètement épargnés par les salafistes, qui leur interdisent de porter une cravate, ce sont surtout les femmes qui sont visées. Pas question qu’elles mettent un pantalon, «à moins qu’elles ne soient en compagnie de leur mari, frères ou père». Les salafistes ont déclaré qu’ils ne forceraient pas une femme à porter le niqab, ce qui n’exclut pas qu’ils l’obligent à porter un foulard sur les cheveux. Et ils identifient «maquillage, parfums et accessoires à de l’adultère», autorisant tout au plus l’usage du kohl et seulement à la maison.

«Les représentants des salafistes qui parlent à la télévision se concentrent trop sur le sexe et les tentations sexuelles», juge un décorateur égyptien, qui leur suggère de s’intéresser plutôt à l’honnêteté dans les affaires et à la propreté des rues.

Même opinion chez l’écrivaine Fatma Naout, selon laquelle les salafistes égyptiens ont l’«obsession du corps féminin». Elle leur a écrit une lettre publiée dans le quotidien égyptien Al Masri El Youm mi-décembre, traduite et reproduite par Judaïques FM. «Dans le cerveau d’un salafiste, y a-t-il autre chose que les femmes?», s’interroge-t-elle. «Toutes les fatwas salafistes consacrent une idée et une seule, que les femmes —et le simple bon sens– rejettent, à savoir qu’une femme n’est qu’un corps, une enveloppe charnelle non douée de raison, un instrument de plaisir, un foyer de tentation ambulant». Et l’écrivaine de conclure à l’intention des salafistes:

«Que n’enterrez-vous vives les femmes pour avoir la paix?»

A lire sur SlateAfrique:

Pourquoi les salafistes sont-ils obsédés par les femmes?

Slate.fr

Newsletters

Les fausses statistiques de Facebook sur les vidéos ont causé des centaines de licenciements

Les fausses statistiques de Facebook sur les vidéos ont causé des centaines de licenciements

Des journalistes de The Atlantic estiment que plus de 350 journalistes ont perdu leur emploi en partie en raison des statistiques données par Facebook.

Une semaine dans le monde en 7 photos

Une semaine dans le monde en 7 photos

Bébé royal, légalisation du cannabis au Canada et «meurtre de masse» en Crimée... La semaine du 14 octobre en images. 

Au Canada, des milliers d'autochtones n'ont toujours pas l'eau potable chez eux

Au Canada, des milliers d'autochtones n'ont toujours pas l'eau potable chez eux

Pourtant, le Premier ministre Justin Trudeau s'était engagé à résoudre ce problème qui mine les réserves des Premières Nations depuis des années.

Newsletters