Monde

Christian Wulff, le président allemand, va-t-il se tirer d'affaire?

Slate.fr, mis à jour le 07.01.2012 à 9 h 55

Christian Wulff (détail d'une photo avec Dilma Roussef) / dilmaroussef via FlickrCC License by

Christian Wulff (détail d'une photo avec Dilma Roussef) / dilmaroussef via FlickrCC License by

C’est ce qui s’appelle s’enliser. Quelques jours avant Noël, le président fédéral allemand Christian Wulff avait beaucoup fait parler de lui à cause, entre autres, d’un prêt immobilier de 500.000 euros à taux très avantageux. Il avait adressé un discours d’excuses, Angela Merkel lui avait renouvelé son soutien, et «l’affaire du crédit» semblait close.

Seulement voilà, elle n’est pas finie, mais alors pas du tout. Lundi 2 janvier, une autre nouvelle s’est rapidement répandue dans plusieurs journaux allemands. La Zeit était de ceux-là:

«Le 12 décembre, Wulff a menacé Kai Diekmann, le rédacteur en chef de Bild, d’une “rupture définitive” entre la présidence et le puissant groupe de médias Axel Springer, propriétaire du tabloïd.»

La rumeur se répandant, la rédaction en chef de Bild a préféré, en fin de journée, prendre officiellement la parole et confirmer l’information. Le communiqué est publié sur le site du journal:

«Avant la publication de son enquête sur le financement privé de la maison du président fédéral, il est vrai que Bild avait soumis l’article à l’avis du président. Ce dernier, le 12 décembre, a dans un premier temps refusé de le donner. Et juste avant le bouclage, il a changé d’avis.»

Pour empêcher la publication, Christian Wulff a alors tenté de joindre directement Kai Diekmann, qui se trouvait en déplacement. Il lui a laissé le fameux message menaçant décrit par la Zeit. Mais ce n’est pas tout, poursuit le communiqué du Bild:

«Deux jours après la première publication au sujet de l’affaire du crédit, le président a cherché à nouveau à contacter le rédacteur en chef. Sur un nouveau message, il lui a personnellement demandé des excuses à propos du ton et du contenu de l’article.»

En Allemagne, on ne plaisante pas avec l’indépendance de la presse. Après de houleuses discussions, le Bild a donc décidé de rendre compte publiquement de cet épisode. Depuis, la presse exprime sa sidération, et les rédacteurs en chef multiplient les éditos, comme celui de Der Westen, Ulrich Reitz:

«C’est une des bonnes traditions allemandes: le respect de la plus haute fonction étatique ainsi que de celui qui l’endosse. Mais dans le cas de Wulff, il faut différencier la fonction et son titulaire. On doit même se demander si le titulaire de la fonction ne nuit pas à la fonction elle-même, qui mériterait, à vrai dire, une protection accrue.»

La Süddeutsche Zeitung, le quotidien bavarois libéral de gauche, va dans le même sens: par ce coup de fil, le président déshonore sa fonction. Mais le journal ne se contente pas de charger Wulff:

«Cette responsabilité, il ne la porte pas seul. Wulff n’est pas devenu président grâce à son parcours, sa popularité ou son autorité morale. Il l’est devenu parce qu’Angela Merkel le voulait. ( …) Celle qui a fait en sorte que Wulff soit président doit faire en sorte qu’il ne le soit plus.»

Mardi 3 janvier au matin, le quotidien conservateur Die Welt en a rajouté une petite couche:

«Il n’y a pas qu’auprès du Bild que le président a tenté d’empêcher une publication. En juin dernier, Wulff s’est massivement interposé, pas seulement auprès du rédacteur en chef, mais aussi auprès des plus hauts postes du groupe. L’un des journalistes a été convoqué au château de Bellevue, où le président en personne, l’a menacé de conséquences désagréables en cas de publication.»

L’article traitait de la façon dont Wulff avait toujours su se servir des événements de sa vie privée pour servir sa carrière politique… Disons que la tendance s’inverse dangereusement.

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