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Turquie: un ancien chef d'état-major en prison

Slate.fr, mis à jour le 06.01.2012 à 12 h 03

Prison cell with bed inside Alcatraz main building sanfrancisco califfornia/Tim Pearce,  LosGatos via Flickcc Licenceby

Prison cell with bed inside Alcatraz main building sanfrancisco califfornia/Tim Pearce,  LosGatos via Flickcc Licenceby

C’est le plus haut gradé, un ancien chef d’état-major, jamais arrêté en Turquie. Dans la nuit de jeudi 5 à vendredi 6 janvier 2011, «le général Ilker Basbug a été arrêté et placé en prison près d’Istanbul après sept heures d’interrogatoire». Ceci a lieu dans le cadre de l’enquête sur «le financement par l’armée de douzaines de sites web qui avaient pour but de discréditer en 2009 le gouvernement islamique» de l’AKP (Parti de la Justice du développement) dirigé par Tayyip Erdogan, rapporte une dépêche de l’Associated press reprise par TheState.

Ilker Basbug, qui s’est présenté devant la justice «habillé d’un costume sombre», a été «chef d’état-major de 2008 à 2010». Selon ce général, ces accusations de complot militaire «font partie d’une campagne de diffamation destinée à diviser l’armée» car «il n’aurait jamais toléré que de telles activités aient lieu», écrit TodayZaman. «Entendre de telles allégations blesse ma fierté de général (…) Etre accusé d’avoir constitué un groupe terroriste est la plus grande punition qui pouvait m’être infligée»,  aurait déclaré Ilker Basburg durant son interrogatoire.        

En Turquie, l’arrestation d’un ancien chef d’état-major était «inimaginable» il y a quelques années seulement. «Surnommés pachas, un titre qui remonte à l’époque ottomane, les généraux longtemps intouchables ont vu leur influence réduite (ces dernières années) au fur et à mesure qu’Ankara procédait à des réformes pour renforcer le pouvoir civil et accéder à l’Union européenne». En effectifs, l’armée turque est la seconde de l’Otan. Elle a longtemps été perçue comme «une garantie pour la constitution laïque du pays,  elle a mené trois coups d’Etat entre 1960 et 1980 et a fait démissionner un autre gouvernement en 1997».

«Ce complot supposé a été révélé pour la première fois dans un journal turc en 2009; celui-ci a publié un plan supposé élaboré pour détruire la réputation du gouvernement en le décrivant comme corrompu. Mais l’enquête n’a pas abouti car l’original de ce document (…) n’a pas pu être trouvé » (…) «L’enquête a été relancée l’année dernière parce qu’un officier anonyme aurait envoyé l’original au Procureur en chef d’Istanbul

Selon Al-Jazeera la «décision d’envoyer Basbug en prison a été prise quelques heures  après la comparution de journalistes turcs renommés» accusés d’avoir des liens avec le réseau ultranationaliste Ergenekon. Ceux-ci, qui auraient fomenté un complot pour faire tomber le gouvernement, se sont défendus en disant «que les accusations dont ils étaient l’objet étaient politiquement motivées» et constituaient une parodie de justice.

Depuis le lancement de cette procédure, plusieurs centaines de personnes, civils et militaires, ont été arrêtées. Selon l’armée, «58 généraux ou amiraux en exercice sont en prison». En 2011,  quatre commandants des armées «ont démissionné pour protester contre ces inculpations et arrestations d’officiers».

L’arrestation de cet ancien chef d’état-major pourrait entraîner de nouvelles démissions même si l’armée le dément pour l’instant.

 

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