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Israël: un mur entre bonnes soeurs et moines

Slate.fr, mis à jour le 05.01.2012 à 17 h 49

Nuns/ David_Jonesvia Flickcc licenceby

Nuns/ David_Jonesvia Flickcc licenceby

C’est un schisme un peu particulier qui agite le couvent du Crémisan. La ligne de fracture n’est ni spirituelle, ni théologique mais très concrête. Et elle divise les religieuses d’un côté, les moines de l’autre alors que ceux-ci, tous membres de l’ordre salésien, vivaient depuis 1960 et «jusqu’ici très pacifiquement et côte à côte».

Tout commence en 2006, lorsque le ministère israélien de la Défense, décide de faire passer le mur de séparation entre Israël et les territoires occupés de manière à ce que le couvent se retrouve en Israël mais pas le village palestinien auquel il est rattaché.

Une bonne nouvelle pour les moines dont le gagne-pain est «la production et la vente de vin en Israël principalement. Mais pour les bonnes sœurs qui dirigent une école catholique pour les enfants palestiniens venant des villages de Cisjordanie, c’est une mauvaise nouvelle», raconte Haaretz qui consacre un reportage à cette affaire. «La clôture empêchera les écoliers de venir à l’école, ou en tout cas leur rendra son accès difficile», y explique la mère supérieure, Sœur Adriana, car il y aura nécessairement «un point de contrôle avec des soldats» par lequel les enfants devront passer.

La seule chose sur laquelle bonnes sœurs et moines s’accordent, c’est pour qu’il n’y ait pas de mur de séparation du tout. D’ailleurs, en novembre 2010, le provincial des Salésiens insistait sur ce point en précisant par communiqué que «le gouvernement israélien, pendant la réunion du 16 février 2009 à Kfar Etzion avec le trésorier de Crémisan, a essayé de faire pression pour avoir un consentement explicite des salésiens de faire partie d'Israël (...) (Or) Nous n'avons aucune responsabilité dans les décisions israéliennes concernant le Mur, parce que ce sont des décisions politico-militaires: ce n’est pas aux salésiens d’entrer dans de telles questions et de décider des frontières entre les deux Etats».

Côté Israël, il y a «154.500 chrétiens (…) ce qui représentent 2% de la population totale de l’Etat juif». Ils seraient «11.600 à Jérusalem» selon JSSNews qui est allé fouiller dans les archives d’Etat et dans les statistiques officielles.

Côté palestinien, il y a presque trois fois moins de chrétiens. «Près de 50.000 chrétiens vivent en Cisjordanie, à Jérusalem Est et dans la Bande de Gaza, ce qui représente environ 1,2% de la population totale», annonce un petit guide d’«Orientations à l'attention des chrétiens envisageant un pèlerinage en Terre Sainte»

Si ces touristes chrétiens se rendent prochainement au monastère de Crémisan, il est possible qu’ils le trouvent coupé en deux, par le mur de séparation. Car après cinq années de tergiversations, le ministère israélien de la Défense a suggéré que «la clôture soit érigée au milieu du monastère de telle manière que les bonnes sœurs restent en Cisjordanie, tandis que les moines seront en Israël». Un ordre de démolition de deux anciens bâtiments qui se trouvent au milieu du couvent et qui gêneraient cette construction a déjà été signé.

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