Monde

Comment être un dictateur qui réussit

Slate.fr, mis à jour le 05.01.2012 à 12 h 38

Not only in the focus of media... this Burma General Gen Than Shwe should be targeted?/Thomas Wanhoff via Flick CC licence by

Not only in the focus of media... this Burma General Gen Than Shwe should be targeted?/Thomas Wanhoff via Flick CC licence by

Pour se débarrasser d’un dictateur, il faut comprendre comment il fonctionne. Dictateur, c’est un métier auquel Alastair Smith vient de consacrer un livre au titre provocant: The Dictator’s Handbook: How Bad Behaviour is Almost Always Good Politics (2011) (que l'on peut traduire par: le manuel du dictateur: comment un mauvais comportement est presque toujours une bonne politique). Interviewé par The Economist, ce professeur d’économie à l’université de New York  donne le mode d’emploi du parfait dictateur:

  • Laissez les autres faire le sale boulot (exemple: Bachar el-Assad).
  • Procédez à des hausses d’impôt, ne laissez surtout pas vos sujets s’enrichir par eux-mêmes.
  • Tout ce qui est bon doit venir de vous.
  • Faites reposer votre pouvoir sur un cercle étroit mais n'écartez pas de remplacer les plus proches (Staline).
  • Ne payez pas trop vos partisans, afin qu’ils n’économisent pas et veuillent ensuite établir leur propre pouvoir. 
  • Si vous ne voulez pas «tromper les gens, les voler, les tuer et les suborner» alors ne prenez pas le pouvoir (Than Shwe)
  • N’essayez surtout pas d’améliorer la situation du pays, lequel est de toute façon mal en point car «la seule façon pour que les gens travaillent, c’est de renforcer socialement leur pouvoir, or si vous faites cela, il deviendra difficile de leur reprendre ce pouvoir», mieux vaut donc laisser l’économie se détériorer.

En 2011, Grégoire Fleurot, pour Slate, avait mis à jour la liste des dix dictateurs les mieux élus du monde précédemment établie en 2009. Avec le printemps arabe, Moubarak et Ben Ali avaient quitté le top 10, président ouzbek Islom Karimov faisant son entrée et le président kazakh Nazarbaïev se propulsant à la 3e place du podium du classement. Pendant ce temps-là, l’ex-président égyptien est désormais destitué et jugé par la justice de son pays et le président tunisien se trouve exilé en Arabie saoudite. 

La façon dont ils ont été «dégagés» par la rue égyptienne et tunisienne confirme la conclusion d’Alaistair Smith selon laquelle il ne faut pas essayer de convertir un dictateur.   

La méthode la plus pacifique reste cependant sa mise à la retraite. Avec Than Shwe, la Birmanie vivait sous un régime de terreur depuis 1992. Le dictateur birman est parti à la retraite en avril 2011, ce qui a été confirmé officiellement pour la première fois en novembre 2011 et «le nouveau gouvernement, bien que toujours contrôlé par les militaires, a multiplié les gestes d'ouverture à un rythme effréné, encourageant notamment le retour au cœur du jeu politique de l'opposante Aung San Suu Kyi, libérée de résidence surveillée en novembre 2010», décrit Le Monde.   

Conclusion: pas de compromis possible avec un dictateur. Inutile de lui réclamer de faire des efforts pour améliorer le quotidien de son peuple, ça ne sert à rien, juge Allistair Smith. «Mon co-auteur, Bruce Bueno de Mesquita et moi avons une vue très cynique mais être cynique ne signifie pas que nous ne soyons pas dans le vrai».

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