Monde

Le Printemps arabe démystifié

Slate.fr, mis à jour le 02.01.2012 à 18 h 48

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 LePrintemps arabe coûte à l'économie marocaine/Magharabia via flickcc licenceby

LePrintemps arabe coûte à l'économie marocaine/Magharabia via flickcc licenceby

Pas de révolution sans mythes. Et les printemps arabes ne dérogent pas à la règle. Voici 5 des 10 mythes listés par Juan Cole, spécialiste du Moyen-Orient et des politiques américaines, sur son blog.

1 Le renversement de Saddam Hussein par l’administration Bush est à l’origine des bouleversements dans le monde arabe

C'est faux car «jamais aucun de ces jeunes révolutionnaires n’a évoqué l’Irak comme source d’inspiration». Tout au contraire, ils voient l’Irak comme un «endroit violent, rongé par les haines sectaires et manipulé par les Etats-Unis». Ce que ces jeunes veulent, «c’est ressembler à la Turquie et à la Tunisie». 

2 Le Président Obama a eu tort de dire à Moubarak de céder la place

C’est l’avis du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu et du Roi Abdallah d’Arabie saoudite. Mais cela aurait été une belle erreur que de maintenir «ce dictateur au pouvoir» car «de toute façon, les dictateurs ont été poussés dehors par leur peuple. Il n’y avait pas à les sauver» selon Thomas L. Friedman. L'éditorialiste, plusieurs fois récompensé du prix Pulitzer, s’élève lui aussi, dans le New York Times, contre ce «non-sens».

3 Les musulmans radicaux sont les grands gagnants des révolutions arabes

Non, car les «musulmans radicaux ont tiré plus avantage de l’invasion et de l’occupation de l’Irak» que de ces «grandes mobilisations pacifiques».   

4 Le printemps arabe est un complot ourdi par l’Occident

L’accusation avait été portée par Mouammar Kadhafi, comme on peut le voir ici dans la vidéo de l’interview exclusive réalisée par LCI. Même accusation de la part de Bachar al-Assad et de l’Iran qui, comme le rappelle Le Figaro, ont dénoncé ce complot occidental contre la Syrie «en raison de sa résistance dans le conflit du Proche-Orient».

Mais «rien ne peut être plus éloigné de la vérité», car les «soulèvements dans le monde arabe sont venus comme une surprise pour les Nations du G8 et furent pour la plupart (…) peu bienvenus». D’ailleurs, «le ministre français de la défense (Michèle Alliot-Marie, NDLR) a offert d’aider à entraîner la police de Ben Ali en Tunisie» alors que les manifestations avaient commencé; et les «Etats-Unis se sont illustrés en soutenant Hosni Moubarak lors des manifestations dirigées contre lui fin janvier».

Conclusion: ces soulèvements «étaient spontanés, autochotones et centrés sur des jeunes mécontents» qui posaient aux «pouvoirs en place» des «défis génants».

5 L’Otan est intervenue en Libye à cause du pétrole

Du «marxisme vulgaire» selon Juan Cole, qui explique l’intervention de l’Otan par la crainte française et britannique d’empêcher que les rebelles se tournent sinon vers Al-Qaida; ainsi que par la peur que Kadhafi provoque un «grand exode vers l’Europe à un moment où les économies européennes» peuvent difficilement supporter un afflux d’immigrants supplémentaires.   

Absent de la liste établie par Juan Cole, le mythe du rôle déterminant de Facebook est plus connu. Mais celui-ci avait été ébranlé dès mai 2011 par Mark Zuckerberg au sommet eG8 à Paris. L’AFP avait alors reproduit les propos du patron de Facebook selon lesquels «"Facebook n'a été ni nécessaire, ni suffisant" pour les révolutions arabes» et qu’«il serait particulièrement arrogant pour une entreprise de technologie de revendiquer un rôle dans les mouvements de protestation».

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