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Voeux: comment Sarkozy s'est «chiraquisé»

Slate.fr, mis à jour le 02.01.2012 à 11 h 10

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Nicolas Sarkozy lors de ses voeux, le 31 décembre 2011.

Nicolas Sarkozy lors de ses voeux, le 31 décembre 2011.

Que nous disent les mots employés par Nicolas Sarkozy lors de ses vœux présidentiels, samedi 31 décembre au soir, de son positionnement politique? Selon Jean-Marc Leblanc, maître de conférences en sciences du langage à l'université de Paris-Est Créteil et auteur d'une thèse sur les voeux présidentiels, que nous avions interrogé la veille du réveillon sur ce qu’on pouvait attendre de l’exercice, «Nicolas Sarkozy a réussi le tour de force consistant à prononcer un discours ne répondant que fort peu au rituel des vœux» tout en se distinguant peu de son prédécesseur sur les mots employés.

Sur son blog Textopol, le chercheur estime que «de 2007 à 2011 [son] lexique […] s'est "centralisé" pour se rapprocher chaque année un peu plus des discours de Chirac» dans une «lente progression»:

«De la figure d'hyper-président dont on décèle les traces dans le message de 2007, Nicolas Sarkozy a gommé, année après année, toutes les aspérités pour aboutir avec ce message de 2011 à un discours d'où "rien ne dépasse", comme si le président hyperactif des premières années avait laissé place à une figure beaucoup plus discrète.»

Cette figure d’«hyper-président» se reconnaissait notamment en 2007 à l’emploi très fréquent du «je» et des figures d’omniscience («je sais»), ainsi que, notait le chercheur à l’époque, par le fait que le président s’exprimait «dans un débit rapide et "efficace" qui laisse à penser que l’allocution était plus courte qu’elle n’était en réalité et qui traduit peut être "l'urgence" qu'il y a à agir».

L’an dernier, le chercheur avait déjà noté la proximité des vœux de Sarkozy avec certains vœux de Chirac, notamment son résumé des difficultés de l’année et son évocation d’une année à venir «utile», que son prédécesseur avait réclamée le 31 décembre 2000.

Cette relative banalité des voeux 2011 s’accompagne en revanche d’une rupture sur la forme, puisque Nicolas Sarkozy a utilisé «très peu des formes rituelles habituellement employées». On notera par exemple qu’il n’a pas ouvert ses vœux en s’adressant aux personnes seules ou éprouvées par la maladie en ce soir de réveillon, un grand classique du genre: il a attaqué directement sur la crise («Mes chers compatriotes. L’année 2011 s’achève, elle aura connu bien des bouleversements»).

Ces vœux, comme nous le notions vendredi dernier, n’étaient évidemment pas seulement des vœux de président mais des vœux de candidat.

Dans ce registre, Jean-Marc Leblanc rapproche Nicolas Sarkozy du Mitterrand de 1987 dans sa façon de «présenter les trois priorités qui résument les grandes lignes de son programme: ne pas exclure les chômeurs mais former sans uniquement indemniser, financement de la protection sociale, dérèglements de la finance».

Retrouvez ceux qui feront 2012 sur Wikipol.

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