Économie

La leçon de management de Playmobil

Temps de lecture : 2 min

Boite de Playmobil en 1977. © Playmobil.
Boite de Playmobil en 1977. © Playmobil.

C’est un peu le marronnier de la fin de l’année en Allemagne: le récit de la success-story de Playmobil Geobra, une entreprise aujourd’hui très puissante. En fin d’année, les figurines se vendent par millions. Playmobil, c'est une institution, une fierté nationale, un triomphe inoffensif. Et c’est surtout l’idée ingénieuse d'un patriarche old school et peu commode, Horst Brandstätter, dont la Süddeutsche Zeitung dressait très récemment le portait.

«Cela fait 18 ans qu’il passe l’hiver sur l’île Jupiter, en Floride, un lieu habité par 620 super-riches. On y croise Céline Dion, et Tiger Woods, qui est du reste son voisin.»

Car ce patron septuagénaire et milliardaire, entrepreneur depuis presque 60 ans (il commence à travailler très tôt dans l’entreprise de jouets de ses deux oncles), a ses habitudes, poursuit le quotidien münichois :

«Le siège de Playmobil est à Zirndorf, non loin de Nuremberg. Quand le chef est là, il vient tous les jours au bureau, invariablement entre 9h et 12h. Puis il file au golf. Quand il est en Floride, de nombreux fax voguent entre l’île Jupiter et Zirndorf. Les mails et les portables ne sont pas du goût de Horst Brandstätter.»

A Zirndorf, c’est Andrea Schauer qui est aux commandes depuis 11 ans. Ce site de production est réservé à l’impression des pièces et au montage final. Les figurines sont fabriquées à Malte et pré-montées en Tchéquie. Et la firme compte un dernier atelier en Espagne. Le Weser Kurier cite quelques chiffres-clés : depuis Zirndorf, ce sont 48 millions de boîtes qui sont expédiées chaque année. En 2010, le chiffre d’affaire global était de 507 millions d’euros.

Comme dans toute success-story, l’idée de Playmobil est née d’une difficulté, raconte Manager Magazine. Dans les années 70, alors que le choc pétrolier retombe sur l’industrie du plastique, Horst Brandstätter, désormais à la tête de l’entreprise de jouets de ses oncles, demande à l’un de ses meilleurs employés de réfléchir à un concept moins coûteux.

Hans Beck, menuisier de formation — il est mort il y a près de 3 ans, mettra au point cette figurine polyvalente de 7,5 cm de haut née en 1974. Horst Brandstätter lui est infiniment reconnaissant. Dans la Süddeutsche Zeitung, il se remémore l’entretien d’embauche:

«Il ne parlait pas. Pourtant, j’ai tout de suite eu un très bon pressentiment. C’était un langage corporel, jalonné de petits mouvements discrets… Je l’ai engagé d’une ferme poignée de main au bout d’une demi-heure».

Et bien l’en a pris. Aujourd’hui, Brandstätter ne pense toujours pas à la retraite. Mais de ses croisières en yacht, il a retenu une leçon, rapporte non sans ironie la Süddeutsche:

«Un chef qui est collé à sa chaise, ne délègue rien, et finit par mourir d’un arrêt cardiaque est aussi dangereux qu’un capitaine qui est le seul à savoir où se trouve le compas. S’il passe par-dessus bord, c’est tout le bateau qui coule».

Ses absences prolongées seraient donc une façon de «tester que tout se passe bien sans lui».

Image de une: boite de Playmobil en 1977. © Playmobil.

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