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Le problème de la reconstruction de l'Irak, ce sont ses banques

Slate.fr, mis à jour le 27.12.2011 à 12 h 05

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Vente à l'étalage dans la ville irakienne d'Erbil. Adam Jones via Flickr CC License by

Vente à l'étalage dans la ville irakienne d'Erbil. Adam Jones via Flickr CC License by

Le départ des dernières troupes américaines marque une étape supplémentaire dans la construction du nouvel Irak. Pour autant, la construction d'un Etat stable est menacée par la corruption gangrénant la formation d'un système bancaire fiable, relate le site d'investigation McClatchy. Un système dont les failles avaient déjà été médiatisées après la fuite du dirigeant d'une des plus grandes banques irakiennes contrôlées par l'Etat, la Trade Bank of Iraq, Hussein al-Uzri, sous le coup d'un mandat d'arrêt pour des malversations financières supposées.

La corruption pose problème, mais également la solidité et les choix limités qu'offrent les banques irakiennes aux citoyens en matière d'emprunt bancaire et d'investissement. Peu de comptes chèques, peu de cartes de crédit: les banques servent bien souvent de pauvre alternative au dépôt d'argent sous le matelas, ce qui est également un problème pour les entreprises irakiennes en quête d'expansion.

Un chiffre: ce pays de 31 millions d'habitants ne compte que 450 agences bancaires. Selon un rapport de la banque mondiale, les Irakiens sont près de 90% à emprunter de l'argent à leurs proches contre 3,4% aux banques. «Les banques sont un système de paiement pour le gouvernement», affirme un directeur associé de la banque centrale irakienne, Muhder M. Salih:

«Croyez-moi, elles n'ont pas de capital. Mais si vous regardez leurs liquidités, elles permettent de faire transiter beaucoup d'argent du gouvernement».

Si elle s'est accrue au cours de l'occupation américaine, la fragilité du système bancaire remonte toutefois à la nationalisation des banques en 1965 et au renforcement du contrôle étatique décidé en 1979 avec l'arrivée de Saddam Hussein au pouvoir. Les deux principales banques, propriété de l'Etat et surendettées, que sont Rafaidan et Rasheed, sont «connues pour faciliter la corruption qui plombe l'économie». Il existe plusieurs scénarios de corruption: des importations fictives (les produits commandés n'arrivant jamais) qui permettent de faire parvenir de l'argent à des compagnies offshore ou bien un emprunt par un membre haut placé du gouvernement qui ne remboursera jamais la banque, alimentant son endettement.

«La sécurité et la responsabilité sont deux bien publics qui rendent le développement économique possible. Pour les citoyens irakiens, la responsabilisation du gouvernement articulée sur les principes de transparence et de participation pourrait être davantage qu'un luxe accessoire, car elle pourrait améliorer considérablement les chances de développement», avance l'économiste Paul Collier.

Un rapport publié en septembre par l'International Crisis Group faisait état des défauts du gouvernement Maliki, qui «a autorisé la corruption à s'ancrer et à se répandre aux institutions de l'Etat», ce qui «a contribué à un déclin considérable des services publics», malgré une économie du secteur pétrolier florissante dont les ressources financières constituent près de deux tiers du PIB. Pour l'ONG Watchdog Transparency International, l'Irak est un des pays les plus corrompus au monde.

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