Monde

L'idée d'obsèques nationales pour Margaret Thatcher divise les Britanniques

Slate.fr, mis à jour le 26.12.2011 à 11 h 39

Margaret Thatcher, en janvier 1985. REUTERS/Staff.

Margaret Thatcher, en janvier 1985. REUTERS/Staff.

Alors que Margaret Thatcher «revit» à l’écran sous les traits de Meryl Streep dans le film La Dame de fer (sortie française le 15 février), le Royaume-Uni débat depuis deux semaines de l’idée, actuellement étudiée par le gouvernement, d'organiser des obsèques nationales pour l'ancienne Prime Minister aujourd’hui âgée de 86 ans et de santé chancelante, comme en témoignent deux chroniques opposées publiées la veille de Noël par le Telegraph.

Dans la première, Peter Oborne, le chroniqueur politique en chef du quotidien, estime que même si «elle a été une grande femme, un des six ou sept plus importants locataires de Downing Street en trois siècles», lui accorder des obsèques nationales constituerait «une insulte à beaucoup d’honnêtes patriotes».

 Selon lui, la figure de Thatcher est trop polémique aux yeux de certains Britanniques pour se voir accorder le même honneur que des monarques, des héros de la guerre (l’amiral Nelson), des grands savants (Newton, Darwin) ou des Premiers ministres devenus figures de l’unité nationale comme Winston Churchill, pour qui des obsèques nationales avaient été organisées en 1965.

Dans la seconde chronique, Will Heaven, un autre journaliste du Telegraph, liste lui trois raisons de les accorder à celle qui dirigea le pays de 1979 à 1990: son rôle de «chef de guerre» pendant le conflit des Malouines face à l’Argentine, le fait qu’elle a été la première femme à devenir Premier ministre et son statut d’«extraordinaire leader mondial» à l’époque de Gorbatchev et Reagan.

Une cérémonie à la cathédrale Saint-Paul

Les plans pour accorder des obsèques nationales à Thatcher ont été révélés le 12 décembre par le Daily Mail, selon qui ils incluent une cérémonie à la cathédrale Saint-Paul et une procession depuis Westminster, mais pas de survol militaire par la Royal Air Force. Selon le quotidien, une motion parlementaire sera nécessaire pour que la cérémonie obtienne le statut d’obsèques nationales; à défaut, elle constituerait un ceremonial funeral, comme cela fut le cas pour la reine-mère et la princesse Diana.

L’information a déjà suscité des réactions tranchées dans le grand public. Un ancien mineur, David Farham, a ainsi fait parvenir à la Shields Gazette, un quotidien du nord-est du pays, une lettre intitulée «Pourquoi je déteste Thatcher»:

«Je suis fier de dire que j’ai fait grève pendant un an en 1984-1985 quand Thatcher a utilisé toute la puissance de l’Etat pour nous vaincre. Je me planterais devant un piquet de grève tout de suite si cela l’empêchait d’avoir des obsèques nationales.»

George Galloway, un ancien député travailliste écossais, est allé encore plus loin dans une réaction rapportée par le Daily Record:

«Un bien meilleur projet consisterait en des funérailles en mer près des Malouines à l’endroit où elle a ordonné que soit coulé le Belgrano [un croiseur argentin envoyé par le fond par la Navy en mai 1982, avec 323 morts à la clef, NDLR]

«Une photo d'elle avec Pinochet?»

Scott Morgan a lui lancé une pétition en ligne réclamant que les obsèques de Margaret Thatcher «soient financées et gérées par le secteur privé pour offrir le maximum de valeur et de choix pour les usagers», ce qui permettrait également de «tailler dans les dépenses publiques et de prouver une fois de plus les mérites de l’économie libéralisée dont elle a été le fer de lance». Cette pétition, qui avait recueilli plus de 20.000 signatures au 26 décembre, a été déposée sur un site géré par le gouvernement: si elle dépasse les 100.000 signatures, elle peut théoriquement faire l’objet d’un débat à la Chambre des communes.

L’idée est en tout cas jugée «brillante» par un chroniqueur du Guardian, selon qui elle constituerait «un hommage approprié à son héritage idéologique»… et permettrait de gagner de l’argent en vendant des tickets pour la cérémonie, les droits de retransmission télévisée ou des produits dérivés:

«Les occasions de vendre des souvenirs de Thatcher (une photo d’elle avec Pinochet, Monsieur?) seraient sans fin. Cela pourrait même doper notre économie défaillante.»

En attendant, finissons en musique avec The Day that Thatcher Dies, un morceau du groupe Hefner que nous évoquions il y a quelques mois dans un article sur les attaques de la pop britannique contre Downing Street.

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