Virus mortel H5N1: des revues scientifiques décident de se censurer, l'OMS s'inquiète un peu

 Virus vu d'un microscope, mars 2009. kat m research via Flickr CC License by

Virus vu d'un microscope, mars 2009. kat m research via Flickr CC License by

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[Mise à jour le 31 décembre 2011: l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a dans un communiqué noté que ces annonces avaient «suscité des inquiétudes sur les possibles risques et mauvais usages associés à ces recherches». «Profondément inquiète des conséquences potentiellement négatives», l'OMS considère «toutefois que les études menées dans des conditions appropriées doivent continuer» afin d'accroître les connaissances «nécessaires pour réduire les risques posés par le virus H5N1».

Nous republions un lu vu et entendu du 21 décembre 2011 sur les revues scientifiques qui se censurent.

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Pour la première fois aux Etats-Unis, un comité sur la biosécurité a demandé à certaines revues scientifiques de ne pas révéler les résultats des expériences réalisées sur le virus A (H5N1), responsable de la «grippe aviaire». En effet, selon le New York Times, la découverte en laboratoire d’une forme particulièrement dangereuse de ce virus pourrait être réutilisée par exemple par des terroristes pour en faire des armes de destruction massive.

Sur Slate, nous avions déjà parlé à la fin du mois de novembre des travaux de Ron Fouchier du centre médical Erasmus à Rotterdam, qui avait identifié «des mutations spécifiques du virus qui le rendraient beaucoup plus contagieux et dangereux pour l’espèce humaine». A l’origine le A(H5N1), même s’il est mortel pour plus de la moitié des gens qui le contractent, ne se transmet pas facilement entre humains.

Ron Foucher a toutefois expliqué en septembre 2011 lors d’une conférence scientifique à Malte qu’en effectuant deux mutations sur le virus, on obtenait une souche toujours aussi mortelle, mais désormais capable de se transmettre aisément d’homme à homme «via de simples gouttelettes en suspension dans l’air». Avant d’être publiée dans les revues Science et Nature, l’étude avait été saisie par le National Science Advisory Board of Biosecurity, un comité de chercheurs qui devait décider si de tels résultats pouvaient être rendus publics ou non, rapporte le New Scientist.

Le New York Times explique que ce comité a donc finalement demandé aux deux revues de ne divulguer que les conclusions de ces recherches et «non les détails expérimentaux, ni les données sur les mutations qui rendraient possible une reproduction de l’expérience».

Le journal rappelle que la communauté scientifique, ainsi que les éditeurs de ces revues, sont en général de farouches défenseurs de la libre circulation de l’information et des idées. Mais pour Bruce Albert, éditeur du magazine Science, cet acte «n’est pas de la censure» et il en va même de la responsabilité des chercheurs que ces résultats ne tombent pas en de mauvaises mains:

«C’est essayer d’éviter une censure inappropriée. C’est la communauté scientifique qui essaye de faire front et de se montrer responsable.»

Pour David R. Franz, un des biologistes membre du comité sur la biosécurité, cette décision est assez raisonnable:

«Mon souci c’est d’éviter qu’on donne à des amateurs –ou des terroristes– des informations qui pourraient les amener à faire des choses susceptibles de faire beaucoup de mal.»

Ronald M. Atlas, microbiologiste à l’université de Louisville, espère que cette décision de limiter la diffusion des idées n’affectera pas la collaboration scientifique et que les recherches pourront continuer avec un groupe restreint de biologistes compétents. Il reste convaincu que si les chercheurs comprennent mieux comment le virus fonctionne, ils pourront ensuite développer de meilleurs moyens de prévention et de guérison de la maladie. «C’est pour cette raison que les recherches sont faites», a-t-il ajouté.

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